Les Dukay
(Gallimard/Folio, 2000, 809 pages)
Le lecteur, en débutant "Les Dukay" de Lajos Zilahy devrait prendre garde. Une
fois commencé, ce roman ne le quitte plus et ce sont des nuits blanches qui
le guettent jusqu'à ce que la dernière des 809 pages soit lue.
Car "Les Dukay" n'est pas un roman comme les autres. Certes, on peut le qualifier de
chef-d'oeuvre mais cela serait bien trop simple et trop rédibitoire. Car "Les
Dukay" avant tout, est un playdoyer.
Playdoyer en faveur d'un certain art de vivre dont Zilahy se fait ici le rapporteur
fidèle et nostalgique, soit les dernières heures de l'aristocratie
européenne entre les deux guerres. A travers le destin d'une famille
hongroise, les Dukay, Zilahy décrit un certain art de vivre, une ambiance,
un luxe mais surtout un état d'esprit qui, après avoir
été ébranlé par la Grande Guerre, fut mise à
terre par le déclenchement de la seconde guerre mondiale. Zilahy,
d'ailleurs, et ce n'est pas un hasard, choisit d'arrêter ici son roman.
Le "crépuscule doré" de l'aristocratie européenne, pour
reprendre une expression d'un des personnages centraux, est évoqué
grâce à cette famille hongroise. Zilahy décrit avec
énormément de détails chacun des personnages de cette
aristocratie. Qui ne peut se sentir pas attaché par la personnalité
de Rere, simple d'esprit mais aussi fils aîné du comte Dukay qui avait
enchanté les nuits parisiennes au début du XXème
siècle? On est également troublé par la belle Kristina dont la
vie sera à jamais bouleversée par la prédiction selon laquelle
un jour, elle tiendrait entre ses mains le coeur d'un roi. L'inquiètant
Janos est là aussi pour nous rappeler que c'est l'époque de l'essor
du nazisme et du fascisme tandis que Gyorgy représente cette nouvelle race
d'homme venue d'Amérique : les entrepreneurs. Mais surtout, Zilahy a un vrai
attachement envers la benjamine Zia, qui n'hésite pas à se rebeller
et qui comprendra avant l'heure, que le moment du partage est enfin venu.
Lajos Zilahy se fait l'apôtre d'un pays, d'une nouvelle nation qui apparaît
à cette époque : la Hongrie, autrefois rattachée aux Habsbourg
dont Zilahy relate ici ses derniers moments. Les soubresauts de l'histoire
atteindront cette nation, qui, elle aussi sera emmenée dans les tourments de
la guerre.
Nostalgique, Zilahy? Peut-être mais pas totalement. Car si le roman s'achève
avec le déclenchement de la guerre et l'arrêt brutal et
irrémédiat d'un art de vivre, une note d'espoir transparaît à
la fin du roman, relayée par la voix forte et puissante de Gyorgy. Comme un
rempart contre l'orage qui s'annonce. Un rempart fragile...
Note : 5/5
(Liza_lou)
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