Partir en hiver
(Actes Sud, 1993, 249 pages)
A la suite de plusieurs voyages en Inde et au Népal avec sa femme Lena et
son fils Linus, l'auteur a écrit ce livre fait de six principaux
récits nous retraçant six lieux de vie mais surtout de rencontres :
Bundala, Delhi, le Népal, l'Inde du Sud, le Rajasthan et Alapsur. Une
introduction (avant le départ) et une conclusion (au retour) emmènent
également le lecteur au pays de Tunström, l'île de Koster en
Suède.
Ce n'est donc pas le déroulement d'un voyage qui est raconté, mais ce
sont toutes les rencontres qu'il a pu faire lors de différents
séjours en divers lieux, en vivant avec les habitants chez eux, en
partageant leur nourriture, en utilisant leurs moyens de transport, en vivant et
s'immergeant dans leur quotidien. Sa femme dessine, peint, lui observe, les
paysages, les hommes, à la recherche d'inspiration pour ses prochains
écrits. On vit le temps au présent, acceptant les aléas du
voyage, acceptant et revendiquant la lenteur (comme Bouvier) pour
s'imprégner des lieux et des rencontres. J'ai retrouvé une
écriture toujours aussi sublime pour décrire des sensations, pour
donner des réflexions profondes sur la vie. Et au final, ce fut un vrai
dépaysement et un "profond" plaisir de lecture.
"Marcher sur terre, c'est découvrir avec quelle indécence la vie est
brève. Je dis marcher sur la terre et j'entends ça
littéralement : cette boue douce et tiède entre les orteils. Les
odeurs, les détails, et la possibilité de s'arrêter et de faire un
avec le monde."
"Il existe des instants dans la vie où l'on ne forme qu'un avec tout, en une
symbiose totale. Aucune membrane ne nous isole du monde. Aucun de nos sens ne peut
s'esquiver. Et il devient alors si tentant de dire : Cette fois, nous abandonnons
la civilisation et descendons, gagnons l'intérieur."
"L'artiste offre du thé au jasmin et des pommes. Une simple branche
d'amandier en fleurs dans un verre. La propreté du plancher, les traits nets
de son visage, le frôlement délicat de ses mains, la langue qui
effleure le monde sans égratigner ni blesser. Au bout d'un long moment
seulement, nous remarquons qu'il pleut toujours dehors car, ici, à
l'intérieur, tout est lumière. La distance entre la branche en fleurs
et l'odeur du thé donne de la lumière. La distance entre la pomme
dans sa main et l'éclat de son vêtement rouge. La simplicité. Il est
un lama tibétain, assis très immobile et qui sourit."
"Je ne m'occupe pas de littérature, mais je suis obsédé par
l'écriture, et à part faire l'amour, faire du jardinage limité
et mener des conversations tumultueuses en pays étrangers, la lecture de
beaux textes qui illuminent les recoins de l'existence, est mon plus grand plaisir,
car des activités de ce genre donnent la sensation vertigineuse de la
brièveté de la vie et nous aident à voir."
Note : 5/5
(Chantal)
|