Tendre jeudi
(Le livre de poche, 2003, 256 pages)
Steinbeck a écrit deux sortes de livres, ceux qui racontent la misère
d'émigrants, d'ouvriers agricoles installés dans la très belle
mais parfois hostile vallée de la Californie, confrontés à la
grande dépression, et des livres plus gais dont certains finissent même
bien. Moi par goût personnel je préfère ces derniers, "Tendre
Jeudi" en fait partie. Il fait suite à "Rue de la Sardine" et reprend a peu près les mêmes
personnages.
Doc revient de la seconde guerre mondiale et retrouve son laboratoire, rue de la
Sardine à Monterey. Il retrouve aussi ses amis, de joyeux drilles,
plutôt alcooliques et marginaux qui vivent d'expédients. Doc a
toujours été pour cette bande d'éclopés de la vie, un
phare, un sujet d'admiration, une manne de bienfaits. Mais Doc est revenu
changé de la guerre, il est triste et il participe à leurs agapes et
leurs "mauvais coups" l'air absent. Il lui faut une femme décident-ils et
justement Suzy une jeune prostituée encore novice vient d'intégrer le
bordel de la ville dirigé par une tenancière sentimentale.
Steinbeck se montre dans ce court roman, grand explorateur de l'âme humaine, qu'il
sonde et étudie avec tant de tendresse et de sollicitude que, chez lui,
même le plus endurci des aigrefins trouve sa justification et sa
rédemption justement dans son incapacité à ressentir de bons
sentiments, faisant de lui un handicapé à plaindre plus qu'à
blâmer. La rue de la Sardine et sa population haute en couleurs, nous entraîne dans une
histoire pleine de fantaisie.
On n'oublie pas facilement les personnages de Steinbeck, ceux qui finissent
tragiquement nous poursuivent encore, une fois le livre refermé. C'est
certainement pourquoi je préfère ses livres gais : ils me laissent au
coeur une petite mélodie alerte, une aura d'optimisme. Je les quitte le
sourire aux lèvres.
(Zeta_b)
|