Le premier cercle
(Livre de poche, 1991, 823 pages)
En 1968, la parution du "Premier cercle" fit l'effet d'une bombe et le roman fut
immédiatement confisqué et interdit par les autorités
soviétiques. Le livre réussira néanmoins à passer
à l'Ouest où il provoquera un retentissement sans
précédent. En France, il obtient le prix du meilleur livre
étranger la même année.
C'est que la critique dans "Le Premier cercle" est sévère et sans
appel. Soljenitsyne y dénonce le système soviétique et en
particulier le stalinisme de l'après seconde guerre mondiale. Aucun domaine
n'en réchappe; l'auteur souligne l'absurdité et le non sens des
mesures en vigueur à l'époque que ce soit dans le système
judiciaire, militaire, politique, scientifique, carcéral, économique,
intellectuel ou administratif. Soljenitsyne s'attaque même à la figure
du "Plus Grand de tous les Plus Grands" avec des chapitres édifiants
où il décrit Staline comme un homme malade, vieilli et usé, se
retranchant dans ses appartements où il demeure seul et suspecte tout le
monde tout en continuant à inspirer une sale terreur.
Dans ce roman, l'auteur décrit la vie des "zeks" (abréviation de
Zakliouchenii qui signifie détenus) dans ces camps de déportation
particuliers que sont les charachkas. Au début du livre, Soljenitsyne donne
sa définition personnelle du mot "charachka" en faisant
référence à "La divine comédie" de Dante. Ne sachant où
mettre les grands penseurs de l'Antiquité, qui, somme toute,
n'étaient que des païens, Dante imagina pour eux un endroit particulier
en enfer où ils pourraient continuer de réfléchir librement :
le premier cercle.
Les prisonniers de la charachka de Mavrino près de Moscou où se passe
l'histoire sont des scientifiques et intellectuels de haut niveau qui ne subissent
pas l'horreur des camps de travail ordinaires mais sont obligés de
contribuer à la recherche technique pour la grandeur de l'URSS. Ces
détenus ont été condamnés la plupart du temps de
manière arbitraire à la déportation, sans jugement, pour avoir
souvent seulement eu des "pensées" de trahison. Ces hommes ne comprennent
donc pas la justification de leurs emprisonnements, eux qui ont combattu avec
enthousiasme pour la victoire du communisme pendant la guerre et qui ont
déjà souffert dans les camps de prisonniers ennemis. Beaucoup se
réfugient dans le travail, d'autres dans des conversations animées ou
dans la lecture de romans interdits.
Il ne faut pas nier que la lecture de ce roman est par moments assez ardue quand
Soljenitsyne se lance dans de longues diatribes philosophiques ou
littéraires. De même, le nombre de personnages est assez
impressionnant et l'auteur n'hésite pas à passer de l'un à
l'autre au gré des chapitres. On suit ainsi aussi bien les prisonniers de
Mavrino que leurs gardiens, les différents ministres, les familles qui
attendent désespérément leurs libérations, les
employés libres qui côtoient ces ennemis du peuple... Mais la lecture
n'en est cependant que plus belle et bouleversante. On s'attache à tous ces
personnages et on ne peut être que révolté devant leurs vies
brisées.
"Le Premier cercle" est un livre dur qui décrit de façon juste et
précise un aspect terrible de l'histoire de la seconde moitié du
XXème siècle. Magistral!
Note : 5/5
(liza_lou55)
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