Gens de Pékin
(Gallimard/folio, 1993, 325 pages)
Auteur chinois dont je n'ai encore rien lu. Et comme à mon habitude, je
commence par un recueil de nouvelles. Né en 1899, auteur d'un livre
très connu "Le pousse-pousse", il meurt
dans des conditions pour le moins étranges en 1966. Les autorités
s'empressent de parler de suicide et de faire incinérer le corps.
Cette édition comporte une préface, des remerciements, des
repères biographiques, un petit glossaire et une bibliographie. Tout cela
sur un format de poche.
Neuf nouvelles sur le Pékin de la fin de l'Empire et des premières
années de la République. Une société en mutation vivant
dans la crainte de la nouveauté et de l'avenir.
Dans "Une vieille maison", un commis d'un magasin spécialisé dans le
commerce de la soie ne voit pas le changement d'un bon oeil. Il nie la
modernité, mais la boutique de son employeur périclite et est
achetée par une maison concurrente.
"L'histoire de ma vie" est la nouvelle la plus longue, plus de 100 pages.
Un homme se raconte, un apprentissage qui ressemble à un bagne
toléré, entre coups et privations. Trois ans d'enfer pour apprendre un
métier sur le déclin, les superstitions populaires et la
vénération des morts n'étant plus d'époque. Un
changement s'impose, après avoir goutté à l'opium et à
l'alcool, avoir renoncé à tout cela pour rentrer dans une secte. Le
mariage non plus ne sera pas une réussite. Devenir policier est-elle la
seule solution qui lui reste?
"Le nouvel inspecteur" a la particularité d'être la seule nouvelle
ne se déroulant pas à Pékin.
Deux vénérables anciens, maîtres dans leurs armes, parlent de
leurs arts, l'un refuse de transmettre son savoir à l'autre.
Un magasinier sans ambition, pauvre ombre misérable, s'accrochant à
un monde finissant.
"Les voisins" est une histoire de mépris de haine et de jalousie.
La prétention de Madame Ming, femme illettrée, lui fait
détester les Yang, professeurs, et son arrogance n'arrangera rien.
Un pauvre type admire les gens "cultivés" et les imite, mais malgré
tous ses efforts il restera stupide.
Le portrait d'un être naïf qui rêve de gloire dans "L'amateur
d'opéra" mais qui ne trouvera que l'opium et la mort au bout de la route.
Un beau et triste récit pour finir ce recueil "Le croissant de lune".
Une galerie de gens ordinaires, de Pékin, ces hommes et femmes à
cheval sur deux époques, l'une tente de survivre, l'autre d'imposer une
vision et des idées nouvelles. Mais les plus faibles restent au bord de la
route, réduits à des rôles de figurants muets et
angoissés.
De nombreuses (mais nécessaires) notes en bas de pages rendent la lecture un
peu ardue. Mais il y tellement de références aux vieilles coutumes
chinoises que, sans celles-ci, souvent l'histoire perdrait toute sa saveur.
Un témoignage incisif, mais ne manquant pas d'humour. Malgré tout on
sent l'auteur désabusé dans certaines réflexions : "La vie
d'un homme est une chose limitée, mais le malheur, lui est une chose
héréditaire".
Une belle écriture pour des morceaux de vie fort bien racontés.
Extraits :
"L'heure était aux chemins de fer, aux fusils, aux ports ouverts et
à la terreur. On projetait même paraît-il de couper la
tête à l'Empereur."
"Nous étions complètement dépassés par le cours des
événements et nous n'y pouvions rien!"
"Plus on est pauvre plus on a d'enfants : après tout les pauvres ont aussi
le droit d'en avoir!"
"Je vous le dis, quand une femme en méprise une autre, c'est une lutte sans
merci."
"La prison est l'endroit idéal pour vous convaincre que l'humanité
ne s'améliorera jamais."
Note : 4,5/5
(Eireann)
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