Les versets sataniques
(Pocket, 2000, 700 pages)
Les versets sataniques mettent en scène deux hommes: Gibreel Farishta et
Saladin Chamcha. Ces deux hommes qui n'ont a priori aucun lien entre eux vont se
retrouver pris en otage lors d'un détournement d'avion. Et tous deux seront
également les seuls survivants de l'explosion en vol de ce même
avion. Mais ça, ce n'est visiblement pas par hasard. A la suite de cet
accident, ils vont tous deux subir de biens étranges changements physiques
aussi bien que psychiques. Ils ont, chacun à leur manière,
été élus pour rejouer l'éternelle lutte du Bien et du
Mal.
L'évolution des deux personnages est très intéressante. D'un
Gibreel, acteur égocentrique et prétentieux, l'auteur fait un
archange Gabriel, inspiré et pathétique, tandis que Saladin Chamcha,
dont la vie n'a été que rectitude se retrouve soudain
transformé en démon. Leurs aventures sont loufoques mais truculentes
et l'évolution de leur état aussi bien que de leurs pensées
est prenante.
A l'histoire de ces deux personnages sont entrecoupées des scènes de
la vie de Mohammed que l'auteur réécrit à sa façon.
C'est de l'une de ces scènes que le livre tire son nom et c'est aussi ces
scènes qui vaudront à Salman Rushdie sa fatwa.
Le livre est très dense, le style pas toujours facile à suivre et
j'ai eu un peu de mal à en venir à bout. Mais l'ensemble de
l'histoire en fait un des livres les plus intéressants que j'ai lus,
intellectuellement parlant. En ce qui concerne les passages sur Mohammed, ils me
rappellent beaucoup d'autres livres aussi irrévérencieux que j'ai pu
lire sur la religion chrétienne, notamment "L'évangile selon
Jésus-Christ" de José Saramago. Le ton et le propos sont
irrévérencieux c'est certain mais cela ne valait certainement pas
une fatwa...
Note : 4.5/5
(Clochette)
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J'ai lu il y a un an "Les versets sataniques", que j'avais depuis de nombreuses
années l'intention de lire. Le livre m'a marqué si puissamment que je
me suis mis en frais de parcourir l'oeuvre de M. Rushdie dans un futur très
proche, d'où les lectures que j'ai faites cette année de "Furie" et
du "Dernier soupir du Maure", les deux (mais surtout le second) m'ayant absolument
confirmé l'utilité de cet exercice que j'attends poursuivre encore
l'année prochaine et possiblement la suivante (si à ce moment il me
reste encore quelque chose à lire, bien que les relectures ne me
sembleraient pas non plus du temps perdu lorsqu'il s'agirait d'oeuvres aussi riches
que celles-là, même à moi qui n'a pratiquement jamais relu).
Voyons donc pour commencer ces fameux "Versets sataniques". Premièrement,
étant donné qu'il semble difficile de passer outre l'incroyable
couverture médiatique qu'a engendré ce livre durant les
premières années suivant sa publication, j'en toucherai un mot.
À la suite de ma lecture, j'étais un peu surpris. Je n'avais
absolument pas pu mettre le doigt sur le passage (car à l'époque on
parla bien de quelques pages seulement) qui provoqua la mise à prix de la
tête de l'auteur. Mais bon, internet étant désormais une
réalité, j'ambitionnai d'y trouver la justification de cette folie
meurtrière qui s'abatit sur le monde de l'édition à
l'échelle mondial en 1989. Je découvris donc qu'il s'agissait de
l'évocation de ces fameux versets sataniques, et que la simple mention, le
plus minime sous-entendu qui puisse être fait quant à l'existence de
ces versets sataniques dans l'histoire de Mahomet, constitue pour certains
musulmans un blasphème épouvantable, passible de mort, d'où
la fatwa. Aujourd'hui, il semble que la politique de l'Iran se soit assouplie et
Salman Rushdie vit désormais librement en citoyen de New-York, ce qui ne
peut que m'enthousiasmer, moi désormais fidèle lecteur de cet auteur
à qui je souhaite longue vie.
Passons maintenant au livre, l'un des plus complexes (pas compliqué, nuance)
que j'aie lus. On y rencontre premièrement Gibreel et Chamcha (dont le nom
signifie "lécheur de bottes", ainsi que je l'ai découvert
récemment et à postériori dans "Le dernier soupir du Maure",
hihihi!), qui figureront respectivement celui qui a tout eu de la providence et
celui qui a eu à combattre toute sa vie le sort toujours prêt à
lui tomber dessus. Si beaucoup de gens ont vu dans leur lutte la figuration de
l'éternelle combat entre le bien et le mal, j'y ai davantage perçu
une allégorie sur la lutte pour l'existence, lutte injuste s'il en ait une,
car la fortune qui semble constamment sourire à l'un, Gibreel, semble
s'acharner à ne pas même se montrer le bout du nez à l'autre,
Chamcha, ce dernier réussissant malgré tout à force de travail
à se créer une vie passable. À un autre niveau, j'ai perçu
Gibreel comme l'enfant à qui tout est dû et Chamcha comme l'adolescent
réalisant que la société, contrairement à ses parents,
attend de voir ce qu'il offrira avant de lui accorder son estime. La scène
au cours de laquelle Gibreel sauve Chamcha des flammes m'a parue une
représentation de l'alternance des sentiments lors de l'éclosion de
l'adulte dans l'enfant qui grandit. Le jeune adulte aspire, fort maladroitement il
est vrai, à s'émanciper, mais lorsqu'il est abattu et ne semble plus
voir d'espoir, l'enfant, dont l'influence est certes faiblissante, mais
néanmoins encore très présente, soutient de sa pensée
"magique" le pauvre adulte qui désespère, il soigne et relance
l'adulte dans la mêlée. Et il recommence jusqu'à ce qu'il soit
sacrifié par l'adulte qui connaît tôt ou tard les règles
du jeu (mais à vous de voir comment cela se termine dans l'histoire, ne
comptez pas sur moi pour cela, je ruinerais un peu de votre plaisir).
À travers de nombreux autres personnages survient à un certain moment
un être tout-puissant (Dieu? Shaytan? Les deux peut-être!) : Salman
Rushdie en personne, l'auteur, un petit scribouillard chauve et myope (sic), qui
est bien le vrai dieu (ou le vrai diable, ou les deux) des personnages de ce roman,
attendu qu'il est bien celui qui décide de la destinée de ses
créatures.
Une fois ce point compris, tous les événements et les
différentes histoires (il y en a quatre, dont le seul lien entre elles sera
Gibreel et d'une façon plus indirecte Dieu/Satan/Salman) semblent
s'éclaircir. On assiste pas en réalité à l'histoire de
Mahomet à La Mecque dans notre monde, mais bien à l'histoire de
Mahound à Jahila dans le monde de Salman. Les deux histoires, on s'entend,
ont tant de parallèles entre elles qu'il ne fait aucun doute que Rushdie ait
voulu remettre en scène l'histoire sainte, d'où l'affront ressenti
par l'ayatollah dans notre monde à la suite de la publication de ces
récits du monde de Salman.
Rushdie, via l'histoire de Mahound, a montré qu'une religion n'a pas besoin
d'être vrai pour être bonne aux hommes. La religion qu'a
créée Mahound n'était pas vrai (Dieu et Satan étant
deux entités séparées dans celle-ci, bien que tous deux
fussent Salman Rushdie et personne d'autre dans leur réalité), mais
son "idée", acceptant les compromis et visant au bonheur des fidèles,
demeura valide, suivie sans trop grande contrainte et viable à la fin,
à l'opposé des deux autres "idées" qui furent
présentées dans l'histoire, l'une conduisant au rejet pur et simple
des fidèles qui pourraient remettre quoi que ce soit en question et
conduisant par ailleurs à la mort des fidèles eux-même,
l'autre "idée" se réduisant à la soumission par la force et
dans le sang de toute une société.
Dans ce sens, le roman de Rushdie se rapproche de l'idée
véhiculée par Sergio Kokis dans "Le maître de jeu" - bien que
les deux histoires soient totalement différentes, le style des deux auteurs
étant très très différents -, à savoir une
présentation de Dieu ayant volontairement laissé leur libre-arbitre
à ses créatures afin de mieux apprécier les surprises que
pourront réserver leurs actions. Il n'en demeure pas moins que les concepts
de bien et de mal sont traités, dans un cas comme dans l'autre, comme une
nécessité pour l'homme, car celui-ci doit, pour sa propre survivance,
déterminer ce qui sera souhaitable, ce qui sera indifférent et ce
qui sera nuisible à celle-ci. Mais ces concepts, qui sont faits par et pour
les humains (bien que des individus ou des groupes aient pu, en toute justice
d'ailleurs, avoir recours à Dieu pour ajouter du poids au bon sens qui fait
parfois défaut aux foules), sont, dans chacun des deux livres,
présentés comme indifférents à Dieu, qui ne
possède pas les mêmes vulnérabilités que nous, et
tendent à vouloir démontrer le caractère relatif (et non
absolu) des concepts de bien et de mal.
(Félix)
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"À l'aube d'un matin d'hiver, un jumbo-jet explose au-dessus de la Manche. Au
milieu de membres éparpillés et d'objets non identifiés, deux
silhouettes improbables tombent du ciel : Gibreel Farishta, le légendaire
acteur indien, et Saladin Chamcha, l'homme des Mille Voix, self-made man et
anglophile devant l'Éternel. Agrippés l'un à l'autre, chantant
à qui mieux mieux, ils atterrissent sains et saufs, ô miracle, sur une
plage anglaise enneigée... Gibreel et Saladin ont été choisis
(par qui?) pour être les protagonistes de la lutte éternelle entre le
Bien et le Mal. Mais qui est qui? Les démons peuvent-ils être
angéliques? Les anges sont-ils des diables déguisés?"
Un livre FORMIDABLE! Un style tout à fait inconnu et novateur, une fin qui
vous fait comprendre toute la structure du livre, des personnages très
attachants, une narration vraiment réussie, aucune provocation à
l'encontre des musulmans, non, il suffit de lire la fin du livre et tout est
expliqué! Salman Rushdie n'a aucunement eu l'intention de provoquer les
musulmans, il ne prétend pas que la malheureuse phrase qu'il a écrite
soit justifiée, il est parfaitement objectif, encore une fois, il suffit de
lire la fin...
Au contraire, Salman Rushdie a écrit une merveilleuse satire de la
societé londonienne, mordante, vraie, percutante, qui ne vous laisse pas
indifférent. Le racisme, la déception des immigrés qui
quittent leur pays et s'installent dans un de ses "Paradis européens" qui
se révèlent être des Enfers, le combat entre les principes des
jeunes et la mentalité des "vieux"...
Un proverbe qui résume les aventures de Chamcha et Farishta : "Il ne faut
pas se fier aux apparences".
Sans conteste le meilleur livre que j'ai lu jusque ici.
Comment des lecteurs avertis, adultes (moi, je n'ai même pas 15 ans) qui
n'ont même pas voulu lire les 10 premières pages du livres, ont pu
déclarer qu'il était insipide? On ne peut pas juger sans connaître!
Le début n'est pas insipide, il est écrit dans un style
différent...
Je compte bien lire les autres livres de Salman Rushdie, en tout cas, cet auteur
est tout simplement formidable.
Encore une fois, le proverbe lié à l'histoire se prête très
bien au livre lui-même : "Il ne faut pas se fier aux apparences." Et encore :
"Quand on ne sait pas, on ne parle pas." Et pour finir : "On ne juge pas sans
connaître."
Ce livre est un pur chef-d'oeuvre!
Note : 5/5
(Shitey92)
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