Le dernier soupir du Maure (Editions 10/18, 2001)
L'action (ou la narration) du roman, située presqu'entièrement en Inde (à l'exception de quelques pages se déroulant en Espagne), se déroule sur les quatre dernières générations d'une dynastie familiale ayant bâti sa richesse sur l'exportation des épices (et du poivre en particulier) et descendant semble-t-il (ainsi le prétend du moins la tradition familiale et sociale) de l'explorateur Vasco de Gama. Le narrateur, Maure, le dernier membre vivant de cette dynastie qui s'éteindra avec lui, vieillit deux fois plus vite que le commun des mortels et il a au début du roman atteint l'âge d'un vieillard après avoir vécu comparativement une courte existence de 36 ans. Il raconte alors sa vie et celle des membres de sa famille depuis l'époque de ses arrière-grand-parents.
Des existences très mouvementées couvertes néanmoins dans plusieurs de leurs aspects d'un voile opaque au travers duquel seules peuvent pénétrer les hypothèses qu'échafaude Maure, qui ne se targue pas pour autant de connaître la vérité et nous laisse à la fin avec des questions qui sont aussi les siennes. On ne peut cependant s'empêcher de prendre conscience de l'extrême pénétration de ce dernier, qui à défaut de ne pas savoir le fin mot de ces histoires, les a néanmoins observées sous de nombreux angles. D'une façon paradoxale, alors que l'on pourrait croire à ce que je viens de dire que l'auteur nous pousse à réfléchir avant de porter un jugement trop sévère, le roman démontre au contraire qu'il faut user de prudence dans nos amours, car les personnages, d'irréprochables qu'ils nous apparaissent généralement pour commencer, deviennent presque systématiquement plus sombres après analyse. Le roman nous recommande donc indirectement la circonspection dans nos admirations, comme d'autres romans d'autres auteurs nous auront avant recommandé celles-ci dans nos jugements hostiles. Vivons-nous donc dans un monde où tout n'est qu'apparence et tromperie potentielle? Force me sera de répondre, si l'on me pose un jour la question : "Probablement".
Mais "Le dernier soupir du Maure", pour pessimiste que j'aie pu faire passer qu'il était, n'en demeure pas moins un très beau roman, actif, intelligent, très drôle (bon! je sais que ça ne paraît pas comme ça dans ce que je viens de dire, mais oui! il est très drôle par moments) et digne de figurer dans toute bonne bibliothèque.
J'aimerais terminer cette critique en recommandant aux lecteurs qui seraient intéressés par le livre d'en profiter pour se procurer le dernier album (à date d'aujourd'hui, on s'entend) - "You've Stolen My Heart", de l'ensemble californien Kronos Quartet, fait en collaboration avec la chanteuse indienne Asha Bhosle et en hommage à R.D. Burman, mari décédé de la chanteuse et compositeur d'une quantité effroyable de chansons destinées à l'industrie indienne du cinéma (Bollywood, pour ceux qui connaissent... moi je ne connaissais pas jusqu'à il y a deux mois). Les chansons, chantées en Hindi (je crois), sont probablement fort différentes de celles que vous avez apprises à connaître dans votre vie, peu importe que vos préférences musicales aillent au jazz, au classique ou au heavy-metal, mais elles n'en demeurent pas moins fort belles et sauront apporter une touche supplémentaire d'exotisme de circonstance à votre lecture. Pour ceux qui considèrent que la musique ralentit et dérange la lecture, je tournerai ainsi l'affirmation : cette musique, bien qu'elle interrompra probablement parfois temporairement votre lecture, prolongera en fait celle-ci et le plaisir que vous aurez à la faire, et de plus, elle la relèvera, ainsi qu'un assaisonnement approprié améliorera un met. J'ajouterai qu'un bon vin se déguste préférablement lentement et idéalement en accompagnement d'un repas accordé à ses subtilités.
Note : 4.75/5 (Félix)
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