La honte
(Plon, 1998)
Écrit en 1983, ce livre semble un précurseur du "Dernier soupir du
Maure" :
- Des histoires de famille complètement tordues et irréelles nous
donnant l'impression de lire la description d'un rêve même si
ultimement, la fresque construite brille par sa cohérence malgré le
foisonnement presqu'inimaginable de détails;
- de nombreuses références à plusieurs oeuvres du patrimoine
humain, qui bien que non-nécessaires à la compréhension du
texte, offrent néanmoins au lecteur de gentils petits clins d'oeil de
connivence de la part de l'auteur ("vous et moi nous sommes
émerveillés des mêmes récits"). Je ne les ai
assurément pas tous décelés (nos petits-enfants, qui auront
possiblement - probablement - accès à une édition critique
exhaustive des écrits de Rushdie, auront davantage de chance que nous sur
cet aspect), mais j'y ai trouvé entre autres des références au
Déluge, aux "Mille et une nuits", à Robert Louis Stevenson et
possiblement à Ionesco (dans l'accumulation invraisemblable et
déchaînée d'enfants naissant de la pauvre Naveed)... Ah oui!
à Omar Khayyam aussi (mais là, c'est un peu trop facile, ceux qui
liront comprendront);
- le ton et le style particulier de l'auteur ne trompent pas, même si les
deux romans furent traduits par deux personnes différentes.
Quant à l'histoire elle-même? Presqu'impossible à
résumer, tant chaque détail y est nécessaire au final : le
roman lui-même serait son meilleur résumé. Trop facile???
Bon! C'est l'histoire de la stabilisation du nouvel état du Pakistan (un
Pakistan volontairement et ouvertement un peu modifié par l'auteur)
à travers l'histoire familiale de deux de ses gouverneurs successifs (l'un
ayant épousé la cousine de l'autre). Mais en définitive, le
plaisir de lire ce livre ne réside pas tant dans cette trame
générale macroscopique que dans la luxuriance de petits faits qu'elle
décrit, dans ces histoires dans l'histoire, contées d'un ton
humoristique et désinvolte dans lequel perce une indéniable pointe de
sérieux.
J'ai adoré, mais ayant néanmoins préféré "Le
dernier soupir du Maure", je décerne un 4,5 à celui-ci.
Note : 4.5/5
(Félix)
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