On achève bien les chevaux
(Folio/policier, 1999, 209 pages)
"Accusé, levez-vous", voilà comment débute le roman. McCoy a longtemps
été scénariste pour Hollywood, notamment pour Raoul Walsh et ce roman
pourrait devenir un très bon film. Les héros se retrouvent justement dans ce
cadre frivole et artificiel d'Hollywood. Tous deux veulent devenir des stars de cinéma.
Evidemment leurs chances sont minces, très minces. Et ils ont tous deux besoin
d'argent. Leur rencontre n'est d'abord pas une réussite mais peu à peu les liens
se nouent à l'occasion d'un marathon de danse.
"Tenez, le matin où j'ai fait la connaissance de Gloria, je ne me sentais pas
très bien; j'étais encore un peu malade; pourtant je suis allé faire un
tour chez Paramount, parce que Von Sternberg y tournait un film russe et je pensais que je
pourrais peut-être trouver du boulot. Autrefois, je me demandais ce qu'il pourrait bien
m'arriver de mieux que de travailler pour Von Sternberg ou Mamoulian, ou même
Boleslawsky, être payé pour le regarder mettre en scène, apprendre le
métier, les angles de prises de vue, le rythme... Alors je suis allé faire un
tour chez Paramount.
On ne me laissa pas entrer, je restai donc à errer devant la façade jusqu'à
ce que, vers midi, un de ses assistants sortit pour déjeûner; je le rattrapai et
lui demandai s'il n'y avait pas une chance de faire un peu d'atmosphère.
Aucune, dit-il, en ajoutant que Von Sternberg était très difficile dans le
choix de ses figurants atmosphériques."
On ressent d'entrée le rapport que McCoy entretenait avec l'usine du cinéma. Le
goût acide de cette dernière réplique, aussi cynique pour le
cinéaste que pour l'acteur lui-même, donne le ton. McCoy ne parle pas souvent de
rêve américain mais de son pendant négatif. Pour lui, le monde
Américain, tel que les Européens le perçoivent à l'époque,
est loin d'être parfumé et enivrant.
Gloria et le narrateur sont rapidement assez convaincus de leur ressemblance. Tous deux
sont des acteurs ratés, ignorés, sans avenir, tous deux se sentent passablement
meilleurs que les stars d'Hollywood et tous deux ont besoin d'argent.
Leur relation n'est jamais définie. Ils se haïssent, parce que l'autre
reflète leur propre échec. Ils se soutiennent cependant quand l'autre n'est pas
loin d'abandonner. Ils s'aiment sans doute sans oser l'avouer.
Mais le problème quand on veut parler de ce genre de livre, c'est que le suspense est
vite gâché dès que l'on veut être précis ou que l'on veut
réellement donner envie de le lire.
Alors, je ne ferais qu'une chose: clamer haut et fort que nul ne devrait passer à
côté d'un tel roman. Court, dans une édition de poche très bon
marché, sublime, entêtant, je ne taris pas d'éloges à son propos.
Note : 4.5/5
(Izo)
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Court roman sur la rencontre de deux paumés venus tenter leur chance dans le cinéma. Réduits
à toutes les extrémités pour subsister et n'ayant rien à perdre ils s'engagent dans
un marathon de danse. Le roman commence par la fin, la mort de Gloria. Raconté à la première
personne, ce livre est une galerie de personnages tous plus paumés et désillusionnés les uns
que les autres, la palme revenant à Gloria qui n'aime vraiment plus la vie. Elle est le personnage central
de ce roman noir, bien que le héros soit son partenaire.
La structure est originale mêlant les pensées du héros et la sentence prononcée.
Roman noir à la Irish témoin d'une époque que j'adore. J'ai très envie de voir le
film qui en a été tiré. Je relirai cet auteur... "Un linceul n'a pas de poches" (tout un
programme non?).
Note : 4.5/5
(Odilette)
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