Cosmopolis
(J'ai Lu, 2006, 190 pages)
Imaginez moi au sommet de mon rêve (cauchemar) hebdomadaire, dans la galerie
marchande d'un supermarché. Chez un de mes commerçants favoris, au
milieu des galettes de blé noir, quatre-quarts bretons et autres kouig-amman,
des livres? C'était pour l'opération "Livr'échanges". Tel le
regretté Devos, je dis "si c'est pour la bonne cause", une douzaine de
galettes et "Cosmopolis" de Don Delillo.
Je ne regrette ni mon repas, ni ce livre qui est excellent dans un genre, le
financial-fiction dont le dernier exemple que j'ai lu est le très bon
"New-York, 5 heures du matin" de Herbert Libermann, mais en plus
crépusculaire, en plus extrémiste.
Dans cette sorte d'huis clos, dans une limousine de très haut luxe, Eric
Parker, voit sa fortune fondre comme neige au soleil sur des écrans
d'ordinateur. Il a quitté ce matin son appartement de quarante-huit
pièces dans le quartier le plus chic de New-York, ses chiens et son aquarium
avec un requin de dix mètres de long, nageant à son aise.
Et lui, il est là bloqué dans un embouteillage, ses écrans de
télé lui reflètent la vie extérieure, des financiers
assassinés, des masses de gens dans la rue provoquant des émeutes. Et
le yen qui monte, qui monte. Les descriptions du chaos des rues new-yorkaises sont
saisissantes, deux mondes : l'intérieur du véhicule et
l'extérieur sont face à face.
Sa vie, dans sa limousine cercueil ou forteresse, entre ses conseillères
financières, son médecin et ses gardes du corps, sa femme et ses
maîtresses. Ses rares visites dans ces rues qui ne sont pas de son monde.
Est-ce le crépuscule d'une manière de vivre; de quoi demain sera-t-il
fait?
Dommage que certaines scènes sur le final me paraissent superflues, mais
l'ensemble dégage une force d'écriture et une telle suggestion de la
démesure de l'argent sur la vie du monde, que cela ne retire rien à
ce livre qui est une superbe découverte et une grande leçon pour l'avenir.
Extraits :
"Nous sommes tous jeunes et intelligents et nous avons été
élevés par les loups. Mais le phénomène de la
réputation est une affaire délicate. L'ascension sur un mot et la
chute sur une syllabe."
"Les gens ne mourront pas. N'est-ce pas le credo de la nouvelle culture?"
"- D'abord j'ai volé l'argent, et puis je l'ai perdu.
Elle dit en riant : - Où?
- Sur le marché.
- Mais où? dit-elle. - Où va-t-il quand on le perd?"
Note : 4/5
(Eireann)
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