Le recteur de Justin
(Gallimard, 1967, 365 pages)
A 27 ans, Brian Aspinwall obtient un poste de professeur d'anglais au Collège Justin-Martyr à 45 km de Boston.
La joie fait vite place à l'austérité des bâtiments et surtout à la
déconvenue d'être responsable d'un groupe d'adolescents chahuteurs. Brian se lie d'amitié
avec la femme du directeur du collège, cette dernière est rongée
par la maladie. Ce qui va lui amener la considération du directeur, Frank Prescott,
un homme qui en impose à Brian. Brian admire cet homme, en fait comme tant d'autres avant lui il lui voue
une véritable dévotion. Une dévotion qui peut être dangereuse pour certains.
Avec une belle plume Louis Auchincloss rend l'ambiance des collèges américains de la Nouvelle-Angleterre du
début du vintième siècle jusqu'aux années 40. Mais ce n'est pas seulement la vie
à Justin-Martyr, c'est aussi la société de l'époque, mais celle de la classe
supérieure américaine. On navigue dans le milieu intellectuel et financier.
Brian Aspinwall aspire d'écrire la biographie de Frank Prescott, pour ce il met la main sur plusieurs écrits
concernant ce directeur de collège hors de l'ordinaire ce qui nous permet
de remonter dans la jeunesse de Frank Prescott, on débute dans les années 1870 et encore une fois dans
le milieu huppé de la société. Les familles aristocratiques de Boston, les grands financiers
de New York, les vacances d'été à Newport, les garçons qu'on envoyait étudier
en Angleterre, la vie mondaine à New York, les Américains à Paris après la première guerre mondiale...
N'empêche que le point central du roman est le directeur de Justin-Martyr qui a exercé une très grande
influence sur des générations d'élèves. La religion occupe une grande place car
Justin-Martyr est un collège protestant.
Peu connu dans le monde francophone car Louis Auchincloss n'est pas traduit en français sinon que
"Le recteur de Justin". Aux Etat-Unis, on le compare à Edith Wharton.
Bref "Le recteur de Justin" est enrichissant pour qui s'intéresse à la société
américaine au début du vingtième
siècle. Passionnant pour qui aime le genre "school books". On ne s'y ennuie pas un seul instant, du moins
ce fut mon cas. Les amoureux de la littérature et des grands auteurs se plairont dans cet univers parce que
plusieurs auteurs sont cités ou mentionnés.
Extraits :
"J'ai toujours voulu écrire un journal, mais, chaque fois que je m'apprête à le faire, l'idée qu'il est trop
tard pour commencer, m'arrête."
"Plus j'avance en âge, plus je constate que le seul devoir du professeur est d'allumer une lueur d'intérêt
dans l'oeil de ses élèves. Il est alors récompensé de tous ses efforts. Lorsqu'on y
parvint, mon cher Brian, il est vain d'en rechercher la cause, que ce soit une ode d'Horace, une saga irlandaise,
une expérience de laboratoire, peu importe, le résultat est là."
"Bruxelles est tombée. Il est curieux de voir, à quel point les élèves s'en moquent.
Doit-on se réjouir de leur indifférence? C'est elle après tout qui engendre l'espoir du
monde! Comment pourrait-on continuer à vivre, si,
à chaque instant, on se sentait concerné par ce qui se passe?"
"Hélas les hommes ne sont jamais heureux bien longtemps. Poussés par une force irrésistible,
ils s'ingénient à gâcher leur bonheur."
"Il m'expliquait et me persuadait que le bonheur existe, mais qu'il n'a rien à voir avec les circonstances et
prend sa source au fond de soi."
Note : 5/5
(Mousseline)
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