Pour qu'ils soient face au soleil levant
(Livre de Poche, 2005, 445 pages)
McGahern, tel qu'en lui-même, des petits riens de la vie de tous les jours
transcendés par son écriture. Ce titre vient d'une vieille croyance
païenne qui voulait que les morts soient enterrés en regardant l'Est
pour qu'ils soient face au soleil levant, l'église a eu du mal à
détruire cette habitude. Je suis un adepte de longue date de John McGahern,
donc je me répèterai, j'adore l'art et la manière
d'écrire un très bon roman sur des faits qui semblent
insignifiants.
Un lac, pour le décor, pour les choses immuables, il est le point de
ralliement d'une communauté rurale et hétéroclite. Les saisons
passent, les gens se côtoient, boivent du thé, du whiskey aussi.
La vie avec ses drames, la maladie d'un des frères célibataires, sa
mort prochaine et les mariages aussi. Le retour d'un enfant du pays, travaillant en
Angleterre, "Plus tout à fait Irlandais pour les villageois, pas Anglais au
Royaume-Uni" est l'évènement de l'été. Les mesquineries
de la vie rurale, les coups de mains donnés ou qui se font attendre, le
temps ne semble pas avoir de valeur ou du moins pas la même que la
nôtre. Le pub et la visite des enfants sont les rares moments de changement.
Tous les personnages sont attachants comme des gens ordinaires, qui pourraient être
nos proches; les Ruttledge, Anglais en retraite, se sont installés
près du lac, des travaux et aménagements dans leur maison leur font
connaître le voisinage. Johnny lui, fait partie de cette
génération perdue, vivant en Angleterre, il touche une petite
retraite et vit dans une minuscule chambre, en contre partie de l'entretien de
l'immeuble, il connaîtra cet été là son heure de gloire.
John Quinn lui, est un obsédé sexuel, coureur de jupons et de dote,
quand les deux vont ensemble. Il deviendra la risée du village, après
en avoir été la honte, suite à un dernier mariage qui tournera
au fiasco pour lui. Bill Evans est une victime des premières années
de la République, orphelin, il est devenu quasi-esclave dans une ferme,
choses courantes dans les années 40/50; lui est aussi de la
génération sacrifiée.
Le temps passera, les gens disparaîtront, le lac et l'Irlande resteront.
Extrait :
Petit dialogue entre Ruttledge et un natif des environs.
"- Nous pourrions boire un verre ou deux et en rester là. Il n'est pas
obligatoire de se saouler.
- Vous devriez savoir depuis le temps qu'un Irlandais ne fait pas les choses
à moitié. Il faut qu'il aille jusqu'au bout."
Note : 5/5
(Eireann)
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Compilation de portraits, d'existences, de parcours chaotiques, cet ouvrage est
dédié aux êtres et à l'exil. Une valeur sûre,
l'exil, dans la littérature irlandaise.
Un livre pas facile à résumer, condensé d'atmosphères
et de sensations, des petits gestes de la vie quotidienne qui ont chacun leur
importance et sont pourtant si anodins. La lenteur du récit de McGahern
offre d'ailleurs à cette évocation du quotidien un beau décor
dans lequel la trame évolue à son aise.
Nous voilà face à une tribu de personnages. Les Murphy et les
Ruttledge qui bavardent pendant qu'ils travaillent au champ. Il faut rentrer le
foin. C'est qu'en Irlande, un jour il fait beau, le lendemain il pleut. Pas de
temps à perdre, mais travailler n'empêche pas de
réfléchir. Quand ils sont arrivés au village, ces
"immigrés" londoniens ont eu du mal à se faire accepter mais leur
silence a eu raison des craintes des voisins. Aujourd'hui, on vient chez eux, on
pousse la porte pour un dernier verre, on cancane, on s'installe, on raconte. Les
jours se passent, les saisons défilent et le monde continue de tourner. Une
vie au ralenti, la magie de l'instant présent (la même impression
d'importance du temps ressentie à la lecture de "La demande" de
Michèle Desbordes).
Au fil des conversations, les personnages se confient, on les découvre, on
s'y attache. Pas d'intrigue mouvementée ou de scénario à
couper le souffle, c'est le temps qui se promène, la vie de gens simples et
terriblement humains que John McGahern nous donne à lire. A première
vue, cela pourrait sembler ennuyeux mais il n'en est rien. Ces inconnus ne nous
sont plus étrangers après quelques pages, leur vie devient la nôtre,
on envie le calme et l'écoulement des heures.
McGahern semble s'effacer, un peu comme si il se contentait de tourner un
documentaire sans commentaires personnels. C'est agréable, rien n'entrave la
lecture de ce récit qui demande une certaine attention tout en apportant
beaucoup de sérénité.
Note : 4/5
(Sahkti)
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