La caserne
(Presses de la Renaissance, 1996, 247 pages)
Enfermement.
Ce roman de John McGahern est son premier livre, il date de 1963 et de 1986 pour sa
traduction française.
Elizabeth a épousé à son retour en Irlande le sergent de police
Reegan, veuf avec trois enfants, ils habitent dans un bâtiment de fonction
d'une petite ville irlandaise où la délinquance, dans les
années 1950, est proche du zéro.
Parfois elle regrette sa liaison avec le Docteur Halliday et la vie à
Londres, car elle a parfois en elle une forte impression de gâchis et de
solitude dans sa vie. Elle se sent vieillir, femme inutile sans descendance. Les
enfants ne sont pas les siens et parfois lui font sentir. Son mari, suite à
des problèmes avec le commissaire Quirke, son supérieur
hiérarchique, ressent de son côté un sentiment d'échec.
La vie dans la caserne est monotone et peu enrichissante.
Sa santé décline, et elle, qui fut des années
infirmière, se doute de sa maladie, des kystes aux seins ne la trompe pas.
Elle part à Dublin se faire opérer, mais des problèmes
cardiaques compliquent encore la situation. Un dernier Noël se passe, une
courte rémission. Mais dès lors la fin est inéluctable.
Beaucoup de critiques disent qu'Elizabeth est le plus beau personnage
féminin de l'oeuvre de McGahern, je suis tout à fait d'accord avec
eux, et j'y ajouterai Rose dans le roman "Entre toute les femme".
Voilà une femme prisonnière de la vie militaire de son mari, vivant
en caserne, se sentant rejetée par les enfants de Reegan, ayant l'impression
de ne jamais avoir connu le bonheur, même à Londres avec Halliday,
être dépressif et alcoolique. Elle se remémore le premier
départ pour l'exil, la déchirure. Puis le retour en Irlande, les
illusions perdues.
Reegan est un personnage plus frustre, vouant une haine féroce à son
supérieur, il rêve de quitter la police et d'acheter une petite ferme,
il travaille souvent pendant ses heures de service à ramasser de la tourbe
qu'il vend. Il n'est pas un mauvais mari même s'il manque de chaleur humaine,
mais les affrontements avec son supérieur aigrissent son caractère.
Toujours une écriture très précise, voire méticuleuse
qui personnellement me ravit. Un très grand livre et une femme remarquable.
Extraits :
"Pour lui elle était vieille avec ses cheveux grisonnants et sa peau toute
ridée."
"Elle comprit à quel point elle était malade... Et toujours,
transperçant le silence de cette grande caserne, la voix de Reegan, rauque de
moquerie et de violence."
Une très légère note d'humour, la camionnette de livraison de
pain vient de chez Broderick d'Athlone. Ils étaient les parents de John
Broderick, un des écrivains irlandais qui fut l'un des plus féroces
parmi ses confrères dans ses dénonciations de la
société irlandaise des années 1950.
Note : 5/5
(Eireann)
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