Entre toutes les femmes
(10 X 18, 1995, 286 pages)
La fin d'un homme et de son époque.
Le meilleur roman de McGahern (à mon humble avis); il raconte les
dernières années de la vie de Moran, militant de la guerre
d'indépendance. Cet homme est revenu de tout et ayant conscience qu'on lui a
volé sa victoire il en ressent une certaine amertume.
Dans sa ferme de "Grande Prairie" Moran, veuf depuis plusieurs années,
vieillit inexorablement, entouré de ses filles, il règne sans partage
sur son domaine. Il s'est fâché avec son compagnon de lutte, le seul
ami qui lui restait. Il se remarie. La présence de Rose amène une
certaine sérénité dans la ferme, les filles sont plus
joyeuses, la vie plus agréable, et le temps passe, les enfants partent et
reviennent, mais l'incompréhension règne. Moran est rattrapé
et dépassé par le monde moderne, ses sacrifices envers son pays
furent loin de correspondre à sa vision idéaliste.
Des personnages remarquablement étudiés. Moran, individualiste
hautain, dur envers lui-même et les autres, ses positions sont très
tranchées. Il représente les rebelles qui ont gagné la guerre,
et qui ont été évincés de la paix et du pouvoir :
"C'étaient les médecins et les prêtres, et non les vrais
rebelles combattants, qui jouaient maintenant le rôle le plus important dans
le pays. Les prêtres, eux au moins, devaient payer pour ce rôle par le
célibat et la prière."
Rose joue un très grand rôle dans ce livre, comme souvent les secondes
épouses dans l'oeuvre de McGahern, peu à peu avec l'aide de ses
belles-filles, elle humanisera le vieil homme, lui apportant douceur et
bonté. Lucke, fils aîné, copie conforme de son père, a
quitté le foyer définitivement, il sert d'exutoire et de
prétexte à la violence du père. Son cadet Michael aussi
partira en Angleterre. Les filles, sortes de fantômes, craignant ce père tyrannique,
partiront pour trouver une vie normale, elle le chériront, malgré tout.
Ce sont ces femmes qui garderont la mémoire de Moran et seront l'avenir de
l'Irlande.
Une écriture brillante et simple, l'éternel rythme des saisons, des
foins et de la vie de la ferme. Une histoire ordinaire, belle, mais la mort
l'emporte toujours.
Extraits :
"Un drapeau tricolore aux couleurs passées recouvrit le cercueil..."
"Un petit homme coiffé d'un chapeau de feutre brun, assez vieux et assez
raide pour avoir combattu aux côtés de Finn et d'Ossian émergea de la
foule. Avec un profond respect, il ôta son chapeau avant de plier le vieux
drapeau usé."
Note : 5/5
(Eireann)
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"Entre toutes les femmes" raconte le destin de trois soeurs - Maggie, Sheila et
Mona - dans l'Irlande rurale du XXème siècle. Le point commun entre
toutes ces femmes est leur père Moran, ancien vétéran de la
guerre d'indépendance, qui régit toute la maisonnée et
pèse sur la vie des siens. Alors que les trois femmes resteront
malgré leur départ de la maison familiale résolument
attachées à la famille, ce ne sera pas le cas de Luke et Michael, les
deux frères qui s'opposeront violemment à la volonté de Moran
et quitteront la famille.
Un roman fort où les personnages tournent comme des satellites autour de ce
Moran singulier et au caractère si changeant. Les enfants, après la
mort de leur mère, prirent l'habitude de vivre en alerte auprès de ce
père un moment jovial et enjoué, pour l'instant d'après,
devenir taciturne et violent. L'arrivée de Rose, seconde épouse de
Moran, amènera une bouffée d'air frais dans la famille même si la
rancune de Moran envers ses compatriotes, son pays et la vie en
général demeure. L'ancien combattant de la guerre
d'indépendance ne comprend pas le monde dans lequel il vit et rejette en
bloc les moindres changements et évolutions irrémédiables de
la société irlandaise.
"Ce qu'elle ne savait pas, c'était que Moran, avec sa belle prestance et sa
gloire militaire, avait jadis été le roi de ces bals dans les
granges; et que maintenant qu'il n'avait plus ni la jeunesse ni la gloire, il
refusait d'occuper un rang inférieur. Il n'y prendrait aucune part, tout
simplement."
L'attachement de Moran pour ses terres de "La grande prairie" s'estompera au fil
des ans au fur et à mesure que les enfants quittent le foyer familial et
laissent Rose et Moran définitivement seuls. Cependant, les enfants, et en
particulier les trois soeurs continueront à revenir
régulièrement à Grande prairie car comme se l'avoue Sheila,
"elle se rendait compte que son attachement allait sans doute dans deux directions
à la fois, que ce qu'il y avait de plus profond en elle était
lié à ses soeurs, à cet homme et à cette maison".
Un récit superbe, tout à la fois émouvant et nostalgique.
L'écriture de Mc Gahern est belle et simple à la fois, et relate avec
douceur et patience la destinée de cette famille faite à la fois de
joie, de douleur et de décisions douloureuses. Un témoignage
magnifique de cette Irlande en pleins bouleversements sociaux et
idéologiques.
Note : 5/5
(Liza_Lou)
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