Le rêve le plus doux
(Flammarion, 2004, 485 p.)
Ce roman a été écrit pour remplacer le troisième tome de son
autobiographie, car Doris Lessing ne veut pas faire de peine à certaines personnes
"vulnérables". Mais l'un des personnages principaux de ce roman, Frances Lennox,
ressemble à s'y méprendre à l'écrivain et à son engagement
personnel.
Ce roman traverse tout le 20e siècle en retraçant la
vie de trois femmes: Julia, Frances et Sylvia. Il parle surtout de deux périodes: les années soixante
où Julia et Frances se battent pour héberger, nourrir et conseiller plein de
jeunes en rupture avec leur famille et avec la société, les années
quatre-vingt où ces jeunes ont vieilli et perdu beaucoup de leurs "grandes" idées
et où Sylvia se bat pour construire un hôpital de compagne en pleine brousse dans
un pays imaginaire, la Zimlie, qui ressemble fort à l'ex-Rhodésie aujourd'hui
Zimbabwe où a vécu Doris Lessing.
Doris Lessing, à quatre-vingt-cinq ans, a toujours son écriture si pleine de
vitalité et de réalisme face aux évènements: elle ne se gêne
pas pour dire ce qu'elle pense des grandes idéologies communistes et de leurs
défenseurs, du féminisme, de l'incompétence et de la malhonnêteté
des dirigeants noirs qui ont repris le pouvoir après le départ des blancs, de la
désorganisation et des détournements de l'aide humanitaire...
Le rêve le plus doux, c'est celui de changer le monde, rêve voué
à l'échec bien que beaucoup essaient de faire de leur mieux, et de faire un petit
peu, en donnant un peu d'amour, malgré un océan de problèmes.
Un roman sans chapitre où j'ai été captée et "canalisée"
jusqu'à la fin. J'ai aimé l'histoire de cette grande famille et de tous ses
personnages, et j'ai aimé les réflexions si justes de l'auteur sur toute cette
époque. J'attends le quatrième tome avec impatience: Doris Lessing est un
formidable témoin de son temps.
Note : 4.5/5
(Chantal)
|