Manuella
(Gallimard/Folio, 2001, 252 pages)
Écrit à la première personne, Manuella est une fille somme toute
comme les autres. Dix-sept ans, Terminale. Elle a des amies avec qui elle parle
tous les jours au lycée et encore tous les soirs au téléphone
pendant trois heures. C'est plus facile de se parler au téléphone
qu'en vive voix. Mais, il y a un point qui la différencie de toutes ses
amies. Elle est la seule vierge du groupe. Et ça lui colle à la peau.
(Légèrement) Mal dans sa peau, elle se croit nulle, s'attend à
son propre échec, se compare à un paquebot...
Mais des vacances en Corse lui donneront ce qui lui manque. Et ce n'est pas tant
la "première fois"...
Acheté il y a maintenant quatre ans, villagoise arrivant dans une ville
française où l'accès à la littérature est si
facile et fascinant, j'ai acheté ce livre parce que l'extrait me disait
quelque chose, que je me sentais un peu Manuella, "je suis nulle. Toutes mes amies
me disent que je suis géniale et belle et sympa et positive, et mes parents
disent la même chose et tout le monde me croit formidablement sûre de
moi, si seulement ils savaient à quel point je me trouve nulle. J'ai tout
faux." On aurait dit moi en train d'écrire dans mon journal intime (je crois bien
que j'en avais encore un...), écrivant en rouge et surlignant quinze fois "je
me trouve nulle alors que les autres ne me trouvent pas si nulle que ça".
On est toutes un peu cette fille. Qu'on le veuille, ou pas vraiment. On a tous un
peu de Manuella.
Au début, je me disais que ce livre était trop Dawson's Creek... les
ados savent exactement pourquoi ils agissent de telle ou telle façon,
pourquoi ils se comportent si étrangement, s'ils crient, c'est parce qu'il y
a réellement une raison psychosomatique à tout ça. C'est juste
les parents et les adultes (qu'on s'acharne à devenir, mais on regrette a
posteriori) qui ne nous comprennent pas et qui ont tout oublié. Nos
souffrances, nos malheurs d'ados. Du temps qu'on était mal dans notre peau
(heureusement pour moi, je n'ai jamais eu d'acnée...), qu'on se
l'arracherait bien pour être quelqu'un d'autre. Quelqu'un de plus sûr de nous.
Mais est-ce vraiment ce qu'on veut?
Manuella dit, p. 228 "si c'est ça être adulte, (...) rendez-moi mon enfance".
Manuella est attachante, elle a ses rêves, elle veut trouver la pureté
dans toute chose. Elle semble être naïve, elle veut faire partie de la
statistique (les filles de 17 ans qui ne sont plus vierges), mais elle sait ce
qu'elle veut. Elle ne prend pas la vie à la légère, elle
contemple les couleurs qu'on lui offre avec poésie et calme. Avec amour,
même.
Que dire de ce livre, à part que je l'ai adoré et que la fin, je ne
l'aurais pas écrite autrement.
Note : 4/5
(JoAnn_Kamar)
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