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Sergio Kokis

Le pavillon des miroirs
(XYZ éditeur, 1996, 371 pages)

Ah j'ai aimé ce livre passionnément...:) Si le Brésil vous intéresse c'est pour vous.

C'est un roman autobiographique. Sergio Kokis raconte sa vie dans son pays natal. Son enfance entouré de femmes: mère, tantes, la mère qui détenait un bordel dans l'appartement familial. Le père effacé. La saleté, la misère, les clochards, les prostituées, les cadavres. Le carnaval. Les croyances de toutes sortes. Ensuite c'est la vie de pensionnaire. Et vers la fin on a droit à quelques merveilleux chapitres sur un voyage que l'auteur a fait dans le nord du pays, en Bahia.

Entre tout ça, l'auteur parle de temps en temps de sa vie d'exilé. Il est passé par Rome, Strasbourg et Paris avant de se fixer finalement à Montréal. Sergio Kokis est aussi un peintre et il raconte comment la peinture lui a permis d'apprivoiser ses souvenirs. C'est douleureux. Il parle aussi de ses frustrations en tant qu'exilé en Amérique du Nord.

C'est vraiment un très bon livre. Sergio Kokis raconte très bien les choses avec un luxe de détails qui donnent l'impression d'y être. On sent comment ses souvenirs lui font encore mal, très mal. C'est un homme blessé par la vie. Un roman rempli d'émotions.

C'est un livre qu'on lit à petites doses, qu'on savoure un chapitre à la fois. Il n'y a pas de suspense qui nous tient, c'est plus un récit qu'un roman. L'écriture est très différente des auteurs nords-américains, les phrases foisonnent de mots et sont remplies de sensations. Une écriture à la fois pleine de soleil et d'amertume... Une écriture vivante. Pas du tout compliqué mais faut être attentif pour ne pas perdre le rythme.

Bref... je vous le suggère très fortement!

Note : 5/5
(Mousseline)
**********

Sergio Kokis est un psychologue, qui a exercé son métier à Gaspé et à Montréal. Son roman, Le Pavillon des miroirs, porte les traces de sa formation. L'auteur a tenté de démontrer comment se forme un esprit à travers un enfant brésilien, qui devient peintre à l'âge adulte.

Ainsi on voit se construire l'univers d'un jeune dont les expériences le marqueront de façon indélébile. Le héros le reconnaît bien volontiers. Se croyant vraiment indépendant d'esprit, il a remarqué soudainement que ses tableaux transposaient les gens et les objets de son enfance. Les morts qui jonchent le sol au petit matin, les plages couvertes de détritus laissés par les pêcheurs l'ont marqué au point que la nourriture de ses jeunes années l'alimentera pour le reste de ses jours.

Son univers est aussi dépendant de la situation sociale de son pays. Il a vécu dans un quartier peuplé de prostituées, de clochards, de laissés-pour-compte, de pauvres. La visite de l'arrière-pays avec l'un de ses enseignants lui ont révélé une plus grande pauvreté encore. Des villages délabrés, des terres arides, des gens malades, une figuration en sorte de l'enfer. Tous ces éléments ont servi à lui forger une identité, qui l'attache à une humanité de misères physiques et morales, ancrée davantage par une mère qui tenait un bordel dans la maison familiale et par un père effacé qui n'a jamais réalisé ses rêves. La solitude restait la solution à ses problèmes d'image afin de ne pas se dévoiler à ses amis.

Son isolement l'a préparé tout doucement à immigrer dans un pays du Nord avec un bagage qui s'accordait mal toutefois à tant de richesses étalées. Les bagnoles bien alignées le long des trottoirs, le superflu que l'on craint de manquer, tous ces caprices, qui révèlent la réussite et qui masquent la finitude de l'existence l'ont obligé à s'asseoir entre deux chaises, ne se sentant plus des siens ni des autres.

Ce roman introspectif est immensément riche, car il couvre tous les aspects de la vie du héros : sa sexualité, ses études, ses beuveries, ses rapports avec ses parents. C'est complet. En ça, on remarque bien l'esprit sud-américain de l'auteur, qui prend le temps de présenter toutes les facettes de l'existence et qui a aussi le courage de montrer son pays sans le maquiller. D'ailleurs, le maquillage est un thème redondant chez l'auteur.

L'écriture s'ajuste à cette oeuvre monumentale. Elle se déploie lentement, comme ralentie par le chaud soleil du Brésil. Ce n'est pas l'écriture saccadée des écrivains du Nord qui se sentent obligés de suivre le rythme trépidant de la vie américaine. Il faut être patient même si c'est écrit simplement parce que ce sont de longues phrases qui s'alignent dans de longs paragraphes. En plus, l'auteur a choisi la forme du récit à son roman. Pendant presque 400 pages, le héros se raconte sans nouer son vécu avec une intrigue. Et il le fait en deux temps. Un chapitre est consacré à sa jeunesse, et le suivant montre comment cette matière sert le peintre qu'il est devenu. Le plaisir de lire cette oeuvre découle de celui d'assister à la formation de l'univers d'un être humain.

Bref, c'est une analyse psychologique qui facilite la compréhension des défis que les exilés ont à relever. Kokis mêle sa voix à celle de Régine Robin et combien d'autres qui nous crient un ailleurs qui les déchire.

Note : 5/5
(Polo, 62 ans, Montréal)

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