Le Magicien
(XYZ éditeur, 2002, 284 pages)
Ce livre complète la trilogie de Sergio Kokis initiée avec
"Saltimbanques" et "Kaléidoscope brisé". Les deux premiers romans
mettaient en scènes de nombreux personnages, soit tout un cirque, tandis
que ce dernier opus se concentre plutôt sur un seul des anciens
saltimbanques, le magicien Draco. En fait, la présence de ce personnage ne
sert qu'à maintenir un lien ténu avec les autres livres, car cette
oeuvre raconte surtout la longue dictature du président Alfred Stroessner
au Paraguay. Le livre s'ouvre sur la fin du régime, le magicien, conseiller
personnel du dictateur, doit fuir, car c'est la débâcle. Il se
retrouve seul chez lui et se remémore les années glorieuses et
celles moins brillantes. Nous revoyons avec lui toute la vie de ce régime
brutal et oppressif.
Sergio Kokis utilise ce roman pour raconter l'horreur des régimes
totalitaires qui ont régné sur l'Amérique du sud pendant une
bonne partie du XXe siècle. On voit l'implication des Américains et
autres gouvernements occidentaux pour soutenir ces régimes sanguinaires par
crainte des communistes. On voit la répression policière continue,
et que l'on monte parfois de toutes pièces des complots pour justifier
l'état de siège permanent. De plus, on est témoin de la
crainte du chef suprême, toujours sur ses gardes, soupçonnant son
entourage qui aspire au trône.
L'auteur tient aussi à illustrer que ces régimes féroces
reposent sur une vision machiste: le pouvoir devrait appartenir à celui qui
possède les plus grosses couilles et le phallus le plus dur. Ce
thème colore toutes les pages du livre, jusqu'à devenir lassant. Au
bout de 100 pages, j'avais bien compris l'idée, mais la suite
n'évolue pas tellement. Cette idée de la virilité essentielle
à l'exercice du pouvoir et la crainte de la mariconeria (le contraire de ce
qui est macho) est un leitmotiv qui soutend tout le roman, du début
à la fin. Ceci m'a fait décrocher de l'histoire. Heureusement que
l'écriture de Sergio Kokis est toujours agréable à lire...
même lorsqu'elle raconte des horreurs!
Ce livre plaira peut-être à ceux qui veulent en savoir plus sur les
dictatures sudaméricaines ou encore les aficionados de Kokis, mais je
recommande plutôt de lire les deux autres tomes de la trilogie: ce sont des
perles.
Note : 3.5/5
(Le réaliste-romantique )
|