L'amour du lointain
(XYZ éditeur, 2004, 309 pages)
"C'est ce que je compte faire ici: cheminer en marge de mes propres
textes et des paroles sur ma propre vie, dans l'espoir sinon de me les
approprier, du moins d'y trouver une sorte de panorama me donnant
l'illusion d'une totalité.
Il s'agit donc d'un livre très personnel. Il pourrait à la
rigueur intéresser un peu les lecteurs de mon oeuvre, ceux qui sont
préoccupés par la démarche créatrice ou par la
phénomologie de la construction d'une identité."
(Sergio Kokis, L'amour du lointain, page 13.)
Cet extrait du livre le résume bien. Sergio Kokis jette un regard
sur sa vie pour suivre l'évolution de son amour de la
littérature, de son besoin de création et ultimement de sa
production littéraire. Sergio Kokis n'est romancier que depuis 1994,
alors qu'il publie son premier roman à cinquante ans. Depuis, il a
publié un livre par année. L'amour du lointain vient clore
cette décennie et l'auteur en profite pour effectuer un retour sur
sa vie. Une grande partie du livre est consacrée à son enfance
et sa découverte du monde merveilleux des livres. On le suit ensuite
dans son exil, puis dans ses carrières de psychologue et de peintre
au Québec, jusqu'à son entrée dans le monde
littéraire. L'auteur en profite pour commenter chacune de ses
oeuvres, expliquant leur origine et soulignant des aspects et intertextes
qui lui semblent être passés inaperçus. L'auteur en
profite aussi pour régler au passage ses comptes avec le milieu
intellectuel et littéraire.
Connaître le passé d'un auteur permet parfois de mieux
apprécier ses livres, sauf que Sergio Kokis avait déjà
exposé un grand pan de sa jeunesse dans Le pavillon des
miroirs. Je n'ai pas fait beaucoup de découvertes dans la partie
portant sur son enfance. À part le récit de son premier
contact avec une bibliothèque, j'ai eu l'impression que le contenu
de cette partie se trouvait déjà dans son premier roman, ou du
moins pouvait en être déduit. Sergio Kokis mets de l'avant
certaines réflexions intéressantes, mais elles m'ont paru
alignées plutôt qu'organisées. Au début du livre,
l'auteur avertissait bien le lecteur que ce livre était une
réflexion plutôt qu'une oeuvre littéraire, mais cela ne
m'a quand même pas satisfait. Les réflexions enrobées de
fiction des autres livres de Kokis m'ont autrement plus marqué. Si
vous n'avez pas encore dévoré toute l'oeuvre de Kokis, je vous
recommande de vous jeter sur ses autres livres plutôt que celui-ci.
Je dois cependant ajouter que je ne suis pas le type de lecteur qui
ressent le besoin de tout connaître de la vie des auteurs qu'il
aime. Je considère l'oeuvre autrement plus importante que celui qui
la créée. De plus, je crois que chaque auteur se construit, à
différents degrés, un personnage pour affronter le public.
Je ne suis donc pas le public idéal pour ce type de livre. De plus,
je souligne aussi que lire ce livre sans avoir lu la majorité des
livres de Kokis m'apparaît un peu absurde. Je ne recommande donc ce
livre qu'aux inconditionnels de Sergio Kokis. Aux autres, j'indiquerais
plutôt n'importe lequel de ses autres titres.
Note : 3/5
(Le réaliste-romantique )
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