L'obéissance (Seuil/points, 2001, 256 pages)
"Comment un petit couple humain en vient à saigner à mort ses enfants bien-aimés,
comment ces enfants bien-aimés laissent leurs parents les saigner à mort, voilà
ce que je vais m'obliger à essayer de dire, de redire et de montrer, dit Julie."
Livre implacable. Dans la banalité du quotidien, des actes barbares et pourtant humains.
Comment en parler? Froidement, rationnellement, sans pitié pour les bourreaux et les
victimes, Suzanne Jacob décrit la mécanique des rapports humains. Au centre,
l'enfant, qui devient objet dans les mains d'adultes qui les enferment dans un monde froid
où, elle le répète une dizaine de fois, il n'y a personne.
Evidemment, il ne faut pas lire ce livre si on veut comprendre ou si l'on cherche des
solutions. Rien de tout cela, mais l'horreur vue de l'intérieur, des tripes d'un enfant,
du cerveau d'un adulte. On suit les raisonnements compliqués, les labyrinthes sans
sorties, les pensées magiques d'êtres perdus dans leur monde sans amour. Le style
est dur, coupant comme un couteau, traçant les pistes sans fin qui vont mener à
toutes les morts.
C'est déjà bien, mais c'est tout. On ne traverse pas le gué, on reste dans
l'eau glacée de la première à la dernière page, il n'y a pas
d'évolution. C'est figé comme un paysage de neige, mais c'est cela sans doute qui
est la vérité des personnages.
Un livre que j'ai lu avec curiosité et intérêt.
Note : 4/5
(Pascal)
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