Le lac noir
(Actes Sud, 1993, 124 pages)
Les débuts de Hella Haasse, courte nouvelle saisissante
Oeroeg, c'est l'ami indonésien d'enfance du narrateur, qui est le fils d'un
planteur de thé néerlandais en Indonésie (=Indes
néerlandaises). Oeroeg et le narrateur sont du même êge (nés
vers 1920), et tout jeune, ils partagent tout. Venu l'âge de l'école,
le narrateur visite avec des adultes un lac mythique dangereux. Il y a un accident, le
narrateur est sauvé mais le père d'Oeroeg se noye. Ainsi
on ne sépare pas les deux garçons, mais on paye pour Oeroeg une
formation scolaire primaire, puis secondaire. Le narrateur blanc se sent
indonésien mais est forcé de se développer dans une culture
néerlandaise. Oeroeg, le garçon brun, s'efforce de s'intégrer
aux élèves néerlandais, de parler et de se vêtir en
néerlandais, mais venu l'âge de la puberté il se sent de plus en
plus exclu par un manque d'attention et un manque d'intérêt des autres plus que par
mauvaise volonté.
Ceci résulte en une séparation culturelle
croissante entre les deux garçons. Oeroeg s'identifie de plus en plus avec
son peuple de la desa. De cette séparation, le narrateur souffre cruellement,
puisque pour lui Oeroeg représente tout ce qui a été sa jeunesse.
Juste avant de partir faire ses études en Hollande, le narrateur
découvre qu'Oeroeg a rejoint le mouvement nationaliste indonésien.
Le narrateur passe six ou sept années en Hollande, dont les années de la
guerre 40-45. Après la guerre, son père remarié vient habiter
la Hollande, mais le narrateur s'efforce de retourner travailler en
Indonésie. C'était le temps des "actions politionelles" des
néerlandais en Indonésie, (lutte contre les séparatistes ou
guerre de libération, c'est selon le point de vue) et le narrateur trouve un
pays en désarroi, il croit reconnaître un des étudiants
d'antan, mais on l'évite. Puis il a l'occasion de retourner avec un bataillon
dans sa région natale, ravagée, brûlée, sa maison natale en
ruine. Quand ils passent la forêt qui mène au lac mythique, le narrateur demande un
arrêt et va au lac... où il rencontre un indigène armé, est-ce
Oeroeg? Une confrontation saississante, d'où les deux se tirent tout de
même sauf. Le narrateur ne pourra plus jamais oublier Oeroeg, surface miroitante, profondeur
immesurable.
Note : 5/5
(gallomaniac)
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