Le tambour
(Seuil/Point, 1997, 625 pages)
Résumé : Pologne, fin des années 20. À son troisième anniversaire,
Oskar reçoit comme promis un tambour d'étain laqué rouge et blanc. Sur
cela, le même jour, il a résolu de ne pas rejoindre le monde des adultes et de ne
plus grandir. En niant convenances sociales et espérances, Oskar éprouve (et avec
cela, crée) le monde par le battement de son tambour, par les rythmes différents
qu'il annonce, lentement, bruyamment d'abord, ardemment, intensément,
fidèlement ensuite, battant avec l'humeur du jour. Sa décision d'arrêter de
grandir est inflexible. Ainsi, avec la stature d'un bébé, son tambour toujours
attaché autour de son cou, le narrateur raconte son voyage épique par les années
trente, la deuxième guerre mondiale et la revitalisation économique.
Mon avis : Günter Grass nous fait pénétrer dans le monde d'Oskar, qui,
métonymie pour une Allemagne mûrissante, fait voir son innocence ou ignorance non
tant comme outil pour l'évaluation, mais comme le miroir pour clairement voir notre
siècle et le monde occidental.
Günter Grass a crée des personnages fertiles, brillamment dessinés et les a
implantés dans la page et dans la tête du lecteur. Chaque caractère à
qui il se réfère est un individu singulier, un monsieur tout le monde. Il
explore la culpabilité collective et conscience existentielle, rejet de la
responsabilité et l'angoisse du libre choix.
Grass, témoin des événements qui se déroulent à Danzig de 1924 à
1950, sous les apparences de l'enfance, à une maturité d'homme, il fait
jaillir un univers grotesque et mystérieux, une impitoyable condition humaine ensevelie
sous les décombres de l'histoire. L'auteur emploie la comédie sauvage et une
dose raide de réalisme magique pour capturer non seulement la folie de la guerre, mais
aussi le cancer noir au coeur de l'humanité qui permet à de telles
dégradations d'arriver. L'auteur exerce son humour comme un couteau - oui, il vous fera
rire, mais il vous fera saigner, aussi.
C'est une histoire amusante et intelligente, dont l'auteur par l'entremise d'Oskar veut
seulement évaluer le monde moderne de ses trois pieds de haut, marchant au pas, le long
face à face avec le monde comme il est vraiment. Avec sa prose folâtre,
Günter Grass combat le fanatisme de la modernité, la pureté fausse du
fascisme et la justice et les notions superficielles du 20e siècle. Cette histoire
semble fantastique, mais au lieu elle est réaliste. Grass a crée ce voyage
sinueux par le monologue d'Oskar, un monologue franc, d'un intellectuel dont l'approche
critique est l'enfantillage, un carnaval individuel, le dadaïsme dans l'action.
La narration de Günter Grass bouge d'une virtuosité extraordinaire, de la plus
graphique description naturaliste à des passages d'exubérance verbale et de
fantaisie lyrique ou satirique, parce qu'il a la capacité plutôt extraordinaire de
convier le sens, la couleur et l'odeur de l'expérience. C'est sa façon
expressive de raconter avec vivacité et vigueur et le corps de ce roman qui font
réagir immédiatement le lecteur. Bref, ce qui rend "Le Tambour" fascinant
et envoûtant est quelque chose qui va au-delà du récit et du style:
l'imaginaire de l'auteur et les mythes personnels qu'il crées, plein d'urgence, d'allant
et de dynamisme.
Ce roman est un feu d'artifice qui ne cesse de nous émouvoir en se faisant de plus en
plus lumineux. Oskar nous touche et nous fait réfléchir sur la période
qui allait amorcer la deuxième guerre mondiale. Une teinte de surréalisme et une
forte écriture en font, à mon avis, un livre à part et unique en son
genre. Ce roman est une belle aventure que l'on voudrait pouvoir refaire et refaire. Un récit
qui restera gravé dans ma mémoire.
Je vous le recommande fortement.
Note : 4,5/5
(Sereine)
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