Un roi sans divertissement / Chroniques I
(France-Empire, 1972, 243 pages)
Un hêtre magnifique se trouve sur la route d'Anvers en Trièves,
à coté d'une scierie qui en 1946 est à Frédéric
IV, quatrième en lignée. Un premier narrateur questionne l'historien
local sur des événements qui sont arrivés ici il y a un
siècle. Et l'historien raconte: "43 (1800 évidemment).
Décembre." Une fille a disparu, et d'autres événements,
plûtot sanglants, arrivent. La peur règne. L'hiver suivant, le
capitaine Langlois, qui s'est battu à l'étranger, vient se poster au
village avec une idée en tête. Encore un hiver plus tard,
Frédéric II voit une silhouette descendre du hêtre. Quant il y
monte à son tour, il y trouve quatre morts. Comme un renard il va suivre la
silhouette jusqu'à Chichiliane, 20 km plus loin. Il alerte Langlois, qui
organise une semblant de chasse, fait avancer l'homme devant lui, le regarde dans
les yeux et le tue à bout portant: "c'est un accident" et puis,
démissionne, quitte la région.
Pour le deuxième épisode, l'historien cite des vieillards, entendu
30 ans plus tôt. Par ce témoignage direct, le lecteur se sent
participer dans les événements. Langois revient comme capitaine
louvetier, organise une battue et tue le loup pareillement en le
regardant dans les yeux à bout portant.
Pour le dernier épisode, c'est Saucisse qui parle, une vieille chez laquelle
Langlois s'est installé, il décide de se marier, Saucisse lui procure "une femme de trente ans", mais Langlois n'arrive pas
à vaincre l'attrait du sang et pour ne pas devenir un assassin il se tue.
L'histoire en elle-même couvre donc à peu près 5 ans, de 1843
à 1848. La narration commence en 1946 pour aller un siècle en
arrière. Giono aime les détours surprenants et les caprices de
chemin. En 1946 il avait découvert le roman moderne et selon son dire il a
appliqué dans cette "Chronique" les glissements de temps avec beaucoup de
plaisir. Il ne complique pas trop les choses quand même, et l'histoire est
bien captivante. Le sens du temps révolu est renforcé par
l'énoncé de relations généalogiques et
l'hêtre, avec les morts dedans, symbolise l'arbre généalogique.
"Frédéric II gardera de cette poursuite un souvenir de renard.
Quand il parlera du pays derrière l'Archat il en parlera comme Colomb devait
parler des Indes Orientales. Sa vision des choses était ordonnée
autour de nouvelles nécessités. Il a vu les arbres par rapport aux
troncs qui pouvaient le cacher; placés plus ou moins judicieusement
derrière l'homme; permettant plus ou moins facilement d'avancer dans la
poursuite."
"On croit toujours que c'est le renard qui est fin. Les loups le sont. La
cruauté, voyez-vous, inspire. Le loup qui est bien plus cruel que le renard
est bien plus fin que lui."
J'ai commencé à lire "Noé, Chroniques II". Le début est
surprenant: il rétrécit l'espace de "Un roi sans
divertissement" à sa chambre de travail, où tout se passe de nouveau. Ce
très beau début me fait penser à "Voyage autour de ma chambre"
de Xavier de Maistre, et de livre du même titre du Hollandais Biesheuvel.
Note : 5/5
(gallomaniac)
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