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Jean Giono

Noé / Chroniques II
(Gallimard/Folio, 1973)

Noé est un plaisir de mots d'un écrivain qui invente son monde. Le livre est comme l'arche de Noé, plein d'exemplaires uniques de petits récits, de petits drames dans un long enchaînement. Le texte coule sans interruption, tantôt tranquille, tantôt accélérant. Les lieux et les temps s'entremêlent, les personnages se bousculent, se multiplient, très vivants et pleins de sentiments.

En même temps il présente son mode de travail d'auteur: comment les sujets de ses livres s'épanouissent ou s'éteignent (pour parfois revenir 10 ou 50 ou 300 pages plus loin) par libre association aussi bien que par choix de restriction. Ici, les chevaux de montagne galoppent à travers sa chambre de travail. Là, étant dans un bruyant Marseille il s'écrit comme assis à son bureau à Manosque (les deux sites principaux du livre, d'ailleurs). Personnages, restés à l'ombre dans d'autres livres, prennent vie pour une, deux ou dix pages dans ce livre, qui en a 380! Les niveaux s'entrecroisent continuellement. Par exemple il raconte, mais vraiment raconte, un bout d'histoire sur Empereur Jules - pour plus loin décrire nonchalamment ses sources d'inspiration (qui elles-mêmes sont vraies ou ne le sont pas - on ne sait si la fabulation continue!) et méditer sur les suites possibles de l'histoire de Jules, et plus loin encore, il salue Jules (mais Empereur Jules ou Delphin Jules?) comme une connaissance. Dans l'impossibilité de donner un résumé, je donne quelques citations.

"...allez donc parler d'un garçon de seize ans quand vous êtes occupé à tirer au clair les scrupules d'un capitaine de gendarmerie? Je l'avais vu sur la place, le jour où Delphin Jules fut rayé de la surface du globe. Évidemment, il avait un visage fin, et une sorte de printemps fleurissait sa peau et ses gestes. Mais, malgré toute l'envie que j'aurais eu de le décrire, il n'y avait pas moyen de l'utiliser. Allez donc le décrire par le menu en plein milieu de l'assassinat de Delphin! Quand il n'a rien à voir avec quoi que ce soit; et qu'il est là en simple curieux; ou même (comme c'était le cas) quand il est là pour tout autre chose." (rapport à "Un roi sans divertissement")

"Nini et Gaston m'attendaient avec leur bon sourire. Je dis: Nini, je viens de rencontrer un type épatant - Nous le connaissons? dit-elle? - Pas encore, dis-je, mais vous le connaîtrez sans aucun doute. - Vous trouvez toujours des types épatants, Jean, dit-elle; je ne sais pas comment vous faites. - Je n'en sais rien non plus, lui dis-je. En tout cas, cette fois, il n'y a pas à s'y tromper. C'est un cavalier qui semblait un épi d'or sur un cheval noir. A mieux le regarder, j'ai reconnu que c'était un officier des hussards du roi de Sardaigne en grand uniforme. - Où l'avez-vous rencontré? dit-elle. Là, sur le boulevard, le long du mur des Repenties. - Est-ce que c'est vrai? dit-elle. Bien sûr, dit Gaston. - C'est tellement vrai, lui dis-je, que c'est peut-être même la seule chose vraie de Marseille ce soir." (rapport à "Le hussard sur le toit").

"Comment pouvez-vous être jaloux, lui-dit-elle un soir qu'il souffrait d'imagination, alors que je suis l'être le plus foncièrement fidèle... - Croyez-vous que je serais jaloux de quelqu'un d'infidèle? lui répondait-il. Quand il s'agit de vous, je voudrais être jusqu'au receveur d'omnibus à qui vous donnez deux sous pour votre ticket". (bout de récit sur Empereur Jules)

"Je commence à comprendre la tendresse que j'ai pour ce pays; ce qui m'attache sensuellement à sa terre, à la façon dont elle se construit et pourquoi, quand je suis séparé de lui, que je ne le vois pas, que je n'en approche pas, je ne pense jamais à lui et je ne souffre de rien (car ailleurs, la même vérité me donne les mêmes joies). C'est qu'il me donne sans compter. Ce qu'il donne (et par conséquent ce qui m'est également donné ailleurs) est très haut placé dans la hiérarchie des dons. Ce n'est pas la sagesse, certes non; rien n'est moins sage! c'est la faculté de jouissance romantique."

Oui, on peut dire, que la plupart des livres de Giono sont des jouissances romantiques. Cette fois-ci un Giono style nouveau roman, sans la sècheresse qui va souvent avec ce style. Un livre dense, qu'il faut lire par petits morceaux à la fois pour ne pas perdre le goût quand même. Pour en profiter pleinement, il faut avoir lu déjà quelques livres de Giono, notamment "Un roi sans divertissement". Avec ces restrictions, je donne la note 4,5/5.

Note : 4,5/5
(gallomaniac)

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Angélique,
Colline,
Hortense ou l'eau vive,
Le chant du monde,
Le grand troupeau,
Les âmes fortes,
L'homme qui plantait des arbres,
Manosque-des-Plateaux,
Noé,
Provence,
Que ma joie demeure,
Un roi sans divertissement




Jean Giono est né à Manosque en 1895 où il passera toute sa vie jusqu'à sa mort (1970). Ayant connu à titre de combattant les horreurs de la guerre 1914-1918, il défendra le pacifisme de façon telle qu'il sera emprisonné au début, puis à la fin de la seconde guerre mondiale. Sa carrière d'écrivain avait commencé avec Colline, 1929, Regain, 1930, entre autres, et s'est affirmée dans les années 1950 avec la parution de Un hussard sur le toit et de nombreux autres livres. Toute sa vie, ce marcheur infatigable fut un amant de la nature contemplée.




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