Gros-Câlin
(Gallimard, 1977, 214 pages)
Résumé: Monsieur Cousin vit à Paris et au cours d'un voyage en Afrique du
nord, il décide de ramener dans ses valises, un python qu'il appelera Gros-Câlin.
Ce python dans cette grande métropole européenne, va faire l'apprentissage du
monde qui l'entoure: hostile à ses particularités, sourd à ses attentes.
Malgré cela, il a en lui de l'amour à revendre et si l'on ne veut pas de lui, il
veut bien de tout le monde...
Mon avis: C'est une oeuvre immensément poétique que celle de Romain Gary, un
roman d'amour, simple, humain, tragique, plein d'humour, où le héros, Monsieur
Cousin, se confond volontiers avec son animal, n'hésitant pas de se projeter en lui pour
pouvoir se faire les gros câlins dont il manque.
Avec l'histoire de Gros-Câlin, Romain Gary a fait un monologue inattendu et
pourtant convainquant, à la folie douce d'une drôlerie étrange avec des
propos qui racontent la solitude et le besoin d'affection et de compréhension de
l'homme, en l'occurence notre héros, Monsieur Cousin. Ce monologue dont la
sincérité devient poésie, m'a captivé et j'ai succombé au
vif pouvoir comique d'une histoire, d'un langage, d'un ton très particulier.
Gary nous sert des pages d'émotions nichées, nouées au creux d'une
même écriture, avec une candeur tressée de folie indécise,
d'angoisse assumée. Une chose presque douce qui imprime son sillon à chaque page et
fait régulièrement les nuits blêmes.
Conclusion: Gary nous livre une émotion profonde à chaque page, une
écriture enfantine mais tellement adulte par la lucidité qui pointe
derrière. Il s'agit d'un très beau roman d'amour, mais également sur
l'Autre, sur un univers si proche de la France et en même temps irréel. Malgré
une base saugrenue, le livre atteint une très grande dimension. Cela tient à
ce que les clowneries de Gros-Câlin sont l'expression imagée de choses
vécues et éternelles.
Ce qui frappe tout d'abord dans ce récit c'est la vertu comique de Gary. Elle repose à
la fois sur l'histoire et le langage dont l'auteur provoque le rire presque à chaque
ligne. Une histoire serpentine, qui m'a prise à la gorge comme un boa constricteur.
C'est un petit bijou de roman traitant de l'incompréhension, l'esseulement à
travers les faits et les pensées de Monsieur Cousin. Ce qui m'a beaucoup séduite
chez Romain Gary est d'avoir réussi avec brio de raconter une étrange et
originale relation en intégrant un python dans l'écriture de ce roman. Pourtant
il ne fait pas dans le "surréel" bien au contraire, le tout semble réaliste.
Pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec l'oeuvre de cet auteur c'est l'occasion de
découvrir un très bon auteur. Tous ceux qui ont lu La vie devant soi ne
peuvent passer outre ce roman.
Note : 4.25/5
(Sereine)
**********
Résumé : Maladroit et timide, Michel Cousin, statisticien de son
état, décide pour tromper sa solitude citadine et
l'indifférence de ses contemporains, d'adopter un animal. Quoi de plus banal,
me direz-vous? Rien, en effet, sauf que la bestiole de compagnie est un magnifique
python de plus de deux mètres qui n'aime rien tant que de s'enrouler autour
de l'humain qui le dorlote dans son lit... Celui qui n'a pas fait
l'expérience de ce contact ou de cette promiscuité ne connaît pas
l'amour quasi étouffant de Gros Câlin. C'est le tendre nom de ce
python débonnaire et qui n'a pas mérité sa réputation...
Mais la situation se complique lorsque notre héros de la vie ordinaire tombe
amoureux d'une jeune fille sexy et qui n'a pas froid aux yeux : mademoiselle
Dreyfus!
Avis : Romain Gary a écrit des récits très
différents les uns des autres. Dans ce roman, son écriture est
jubilatoire, pleine de trouvailles linguistiques et de circonlocutions à la
manière des déplacements de Gros Câlin. C'est ironique mais
aussi grave et parfois émouvant car derrière le masque du sourire,
l'auteur se fait le porte-parole de la vacuité de nos petites existences et
de nos grandes solitudes urbaines...
(Danslapoche14)
|