Le dieu des cauchemars
(Joelle Losfeld, 2004, 215 pages)
Helen mène une vie super étriquée à Poughkeepsie (ceux
qui aiment Allie McBeal auront eu le même sourire que moi) auprès de
sa mère. Elle la quitte en 1941 pour gagner le quartier français de
La Nouvelle-Orléans, où elle découvrira un monde bohème
et fantasque, engrangeant en elle de toutes ses forces toutes ces nouvelles
sensations. Et nous la retrouverons à la cinquantaine en fin de roman, avec
un dénouement dramatiquement romanesque... Que pour ma part je n'avais
absolument pas vu venir, et qui m'a fait reconsidérer ce que j'avais lu,
pour enfin le voir en filigrane... Mais on est tellement embarqué dans la
moiteur ambiante et les nombreux sujets affleurants qu'on en oublie certains
plus... disons plus concrets.
Paula FOX, née en 1923, est américaine. Elle a vécu à
Cuba, en Californie et au Québec et demeure maintenant à New York.
Elle a été redécouverte à la fin des années 80,
grâce, entre autres, à Jonathan Franzen, Frederick Busch et Andrea
Barrett qui la considèrent comme l'un des plus importants écrivains
de ce siècle. Les Editions Joëlle Losfeld publieront
l'intégralité de son oeuvre à l'exception de ses livres pour
la jeunesse.
Et c'est une très bonne nouvelle! J'ai trouvé ici un ton jamais
rencontré encore, une précision quasi clinique dans l'analyse des
pensées de l'héroïne, en même temps qu'une grande
fantaisie, le style de Paula Fox m'a soulevée. Et ce n'est pour une fois pas
tant l'histoire racontée, qui n'est guère passionnante, que
l'atmosphère que les mots créent qui nous embarque.
"... Je me suis sentie totalement étrangère à moi-même,
jusqu'à ma voix, qui lorsque j'ai dit aurevoir à Catherine m'a paru
ne pas m'appartenir. Et je suis restée sous le charme de cette
étrangeté, qui avait la qualité d'une pensée profonde
dont je n'arrivais pas à saisir consciemment le sujet..."
"... Je me sentais impressionnante d'altruisme, un état peu commun que je
reconnaissais comme tel. Mais dont la pureté, bien sûr, était
souillée par la conscience que j'en avais..."
Une très belle découverte, une auteure que je veux lire encore!
Note : 4.8/5
(Cuné)
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Une ingénue à la Nouvelle Orléans.
Retraduction, réédition et retour en grâce pour Paula Fox.
Helen Bynum, âgée de 23 ans, ayant toujours vécue avec sa
mère, qui pensait que son mari reviendrait au foyer pour sa fille, l'envoie
à la Nouvelle Orléans quand elle apprend le décès de
celui-ci.
Elle rejoint sa tante Lulu, ancienne gloire des Ziegfield Follies, dont faisait
également partie sa mère. Mais la gloire est loin, l'alcool
(beaucoup) et l'âge sont passés par-là. Helen vivra quelque
temps à la Nouvelle Orléans, entourée de personnages qu'en
bonne fille du nord des Etats-Unis, elle découvrira peu à peu. Ces
nouvelles connaissances venant du monde artistique ou de l'ancienne aristocratie
française vont bouleverser son mode de vie.
Helen est une jeune fille toute simple, avec le charme d'une campagnarde, vivant
seule avec sa mère. Elle a un amant, quand celui-ci, homme marié,
peut se libérer. Sa vie était confinée entre les bungalows que
sa mère louait. Sa tante Lulu, est un personnage à la flamboyante
chevelure; c'est une alcoolique "irrationnelle et négligée", qui rêve
de monter un théâtre, mais qui est ruinée. Il y a Len, jeune
homme qui s'occupe de Lulu, homme de théâtre, également dont le
rôle paraît ambigu. Ils reçoivent parfois Sam l'ancien mari de
Lulu, médecin et homme à femmes. Helen quitte sa tante et habite chez
Gérald (poète) et Catherine qui côtoient les artistes du
Quartier Français dont Claude, homosexuel qui, ayant le tort de
fréquenter le fils d'un parrain local, est tué mystérieusement.
Nina Weir est l'amie d'Helen, puis la maîtresse de Sam. Leur rencontre
inopinée à l'aube de la cinquantaine créera un douloureux
retour dans le passé.
L'écriture ne date pas, contrairement à "Personnages
désespérés" (la nouvelle traduction peut-être?). Livre
agréable, bien écrit, le début est difficile. La
préface est intéressante à lire.
Note : 3,5/5
(Eireann)
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La mère d'Helen est d'un optimisme à tout épreuve, un dicton pour chaque occasion, ce
qui porte sur les nerfs de sa fille. A près de 23 ans, Helen n'a pas encore quitté
le nid familial ou plutôt les jupes de sa mère, le père les a abandonnées alors
qu'elle n'avait que 10 ans. En 1941, elles apprennent la mort du père, durant
toutes ces années, la mère avec son bel optimisme attendait son retour. Là, il
y a une cassure dans leur vie. Il est temps que la fille prenne son envol, la mère
l'envoie à la recherche de sa soeur Lulu à La Nouvelle Orléans.
En partant j'ai été étonnée par la vision que la fille
a de sa mère. Il n'y a pas de demi-mesure. Helen est dure et
intransigeante, comme une adolescente. Et effectivement, on comprend vite qu'elle
n'est pas à ce moment encore sortie de
l'adolescence malgré la vingtaine entamée.
Avec La Nouvelle Orléans, c'est comme une deuxième naissance pour Helen, peu à peu
ses oeillères tombent, elle perd son voile d'innocence. On marche dans ses pas
mais je ne me suis pas identifiée à elle car elle se laisse
découvrir mais très
lentement, ce personnage demeure flou longtemps.
Paula Fox est pour moi une révélation... Son écriture
dégage une grande puissance d'évocation, tout est palpable,
jusqu'à la moindre des émotions. On peut facilement passer à
côté de ce roman, parce que ça se passe souvent à
l'intérieur du personnage principal, le mouvement est nuancé, subtil,
il y a peu d'action au profit de l'introspection.
On découvre aussi avec plaisir La Nouvelle Orléans des années 40, oui ça donne
envie de s'y rendre, mais on sait bien que tout a changé depuis.
Extraits :
"Ne fais pas trop attention à ce que les gens disent. Et un jour, tu découvriras
ce que tu penses par toi-même. Essaye d'aller vers ce qui est nouveau avec autant
d'innocence que tu le peux - laisse-toi d'abord surprendre."
"Mais bon, il était poète, et cela ne voulait pas dire qu'il se moquait de qui que
ce fût; il était juste un peu plus loin de sa propre vie que les gens ne le sont en
général de la leur."
"Gerald pouvait se permettre de passer une heure avec son voisin noir, tous deux assis
à cinq mètres l'un de l'autre, à bavarder ensemble. Mais
Gerald était un poète. Les poètes peuvent faire ce que les autres ne peuvent pas."
Note : 4,75/5
(Mousseline)
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