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William Faulkner

Le bruit et le fureur
(Gallimard/folio, 1972, 384 pages)

L'histoire se déroule aux Etats-Unis, dans l'état du Mississippi. La famille Compson, vieille et autrefois riche et puissante famille du Sud du pays, est aujourd'hui tombée dans la misère et le malheur. Autour d'elle, plusieurs générations de domestiques noirs. Je n'en dirai pas plus, cela risquerait de gâcher le plaisir de la lecture.

L'auteur a divisé son livre en quatre parties et joue avec la chronologie (et cela même à l'intérieur des parties) et avec les narrateurs, différents à chaque partie. Les trois premiers narrateurs sont les fils Compson, on est donc plongé dans leurs (très) différentes visions. Faulkner retranscrit admirablement bien leurs pensées. On se croirait dans un cerveau humain, avec ses digressions, ses sensations, ses émotions... (et c'est pour ça que c'est parfois difficile à suivre, car un tel narrateur ne nous donnera aucune explication à nous lecteur)

Au début de la première partie, j'étais complètement perdue, le narrateur, Benjamin, est malade mental et a donc l'esprit très embrouillé et passe sans logique apparente mais au hasard de ses sensations de l'action présente à une action parfois beaucoup plus lointaine. Par exemple, le mot "caddie" prononcé par des joueurs de golf réveille en lui le souvenir de sa soeur partie (nommée Caddy) et nous entraîne dans un épisode de leur enfance.

Le style de Faulkner est volontairement embrouillé (il y a par exemple des pages sans aucune ponctuation, ou bien les pronoms ne sont pas rattachés à des antécédents, à nous de deviner), et c'est cet état d'obscurité et de confusion dans lequel il nous tient qui est passionnant, on a vraiment envie d'en savoir plus, de voir se confirmer nos soupçons... Il faut attendre la dernière partie pour avoir une description physique des personnages et j'ai été étonnée de les avoir imaginés précisément avant (et ma description concordait bien avec celle de l'auteur), alors qu'il n'y a pas de description physique dans les pages précédentes.

Waouu, j'ai adoré ce livre, il est bouleversant, tragique, grandiose, et le style très allusif en même temps piquait ma curiosité et me maintenait dans un état d'angoisse et d'anxiété devant les souffrances de la famille Compson. Autant comme au tout début j'ai eu un peu de mal à rentrer dedans (les procédés de l'auteur m'ont tout d'abord surprise) autant comme une fois rentrée j'ai été très accrochée et fascinée par l'histoire. Un vrai chef-d'oeuvre! Je pense que je le relirai, cette seconde lecture sera différente, évidemment la curiosité et le suspense ne seront pas les mêmes, mais ça me permettra de saisir pleinement les allusions de Faulkner, d'y voir des choses cachées que je n'ai peut-être pas vue lors de ma première lecture.

A ceux que cette confusion, le fait de ne pas tout comprendre du premier coup, rebuteraient je vous cite un passage de la préface de mon livre écrite par le traducteur avec lequel je suis complètement d'accord:

"Je ne crains pas, du reste, d'affirmer que la compréhension absolue de chaque phrase n'est nullement nécessaire pour goûter le Bruit et la Fureur. Je comparerais volontiers ce roman à ces paysages qui gagnent à être vus quand la brume les enveloppe. La beauté tragique s'en accroît et le mystère en voile les horreurs qui perdraient en force sous des lumières trop crues. L'esprit assez réfléchi pour saisir, à une première lecture, le sens de toutes les énigmes que nous propose M.Faulkner, n'éprouverait sans doute pas cette impression d'envoûtement qui donne à cet ouvrage unique son plus grand charme et son originalité."

Note : 5/5
(Katiouchka)
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Je l'ai lu, je vous jure, jusqu'au bout malgré toutes ces pages qui plongeaient dans la confusion, le désespoir, le tiraillement des mots qui s'entrechoquaient en se coupant mutuellement la parole. Une gangue, un marais d'où la vie à peine émerge, où quelques bribes de logique se glissent parfois. Sensations, émotions, mais aussi doute révolte et incompréhension par ce qu'à la limite de l'audible. Le lecteur ici n'existe pas, ce livre n'est pas écrit pour lui, mais autour de lui. Puis, plus loin, tout redevient avec lignes, formes et couleurs, et on peut atterrir quelque part. C'est un voyage, une aventure littéraire, qui m'a parfois lassé, fatigué, parfois enthousiasmé. Cela creuse toujours plus loin, comme des personnages vides au départ qui se remplissent d'humanité à la fin.

Un livre intéressant, dérangeant, ardu où l'auteur s'est laissé entraîner et a été dépassé lui-même par le monde qui sortait de ses mains.

Note : 3/5
(le_roi_pecheur)
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Suite aux difficultés qu'a connu Faulkner pour faire éditer son troisième roman, "Sartoris", dont il pensait pourtant le plus grand bien, il écrit "Le bruit et la fureur"... "pour mon plaisir. J'ai cru alors que je ne serais plus jamais publié". D'une certaine façon libéré du soucis commercial d'écrire un livre qui pourrait se vendre, il s'autorise toutes les libertés et donne "...tout ce que j'avais dans le ventre".

Il s'agit en quelque sorte du récit de la chute de la maison Compson, autrefois riche et puissante famille du Sud, et dont le livre nous laisse deviner la déchéance progressive. Le livre est une suite de 4 récits, les 3 premiers des monologues intérieurs des trois derniers descendants mâles de la lignée Compson et le dernier récit, fait comme de l'extérieur, conclu le livre. L'écriture essaye de coller au plus près à la réalité vécue par les personnages, sans forcement se soucier de chronologie, ni d'expliquer ce qui arrive. C'est au lecteur de mettre progressivement de l'ordre, et de reconstituer petit à petit le récit d'après les bribes que nous livre Faulkner.

Je ne sais pas si on peut encore parler de roman s'agissant de ce livre, c'est une sorte d'objet non identifié, dans lequel il faut prendre le temps de rentrer, il faut accepter le rythme, accepter de ne comprendre que progressivement ce que nous raconte l'auteur, voir de ne pas comprendre certaines choses. Mais une fois qu'on a accepté les règles du jeu de Faulkner, on est emporté par son univers, par sa vision tragique, on arrive à rentrer en fusion avec ses personnages et l'on vit une expérience rare, une des plus intenses que la littérature peut procurer à mon sens.

Note : 4.5/5
(Melisande)
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Très belle découverte pour ma part! Très beau livre, et une écriture très fine! J'adore! Et pourtant ce n'était pas gagné!

Dès les premières lignes, j'étais perdue, j'ai dû aller consulter des critiques sur le net, pour voir comment d'autres lecteurs l'avaient abordé! Et constatant qu'ils étaient comme moi, j'ai perséveré, et je n'ai pas eu tort! L'histoire se dévoile peu à peu, les personnages nous apportent les éléments au fur et à mesure. On avance progressivement!

Et l'écriture dégage une telle force, que l'on reste scotché! Les personnages sont attachants et déroutants! La narration est parfois déroutante et nous remet sur le chemin au moment où il le faut!

Bref je ne pense pas retranscrire ce que j'ai ressenti en lisant ce livre, les mots me manquent, mais je crois que Faulkner est définitivement entré dans mon coeur et que je relirai ce livre avec plaisir!

Note : 5/5
(Elfe)
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Autant le dire tout de suite, j'ai été très déroutée par le style de l'auteur, qui brouille la chronologie du roman, et les points de vue. Il m'a fallu lire la préface (ce que je fais pas systématiquement), pour mettre toutes les pièces du puzzle en place.

J'ai lu avec plaisir la première partie du livre (une journée). Une fois installée dans ce principe, il m'a été très difficile de m'adapter à la technique employée dans la deuxième partie du roman. Je me perdais, il n'y avait plus la même efficacité. J'ai donc baissé les bras.

Pourtant, l'histoire était intéressante, une fois accoutumée, je me laissais bercer par le rythme particulier du livre, la confusion des prénoms de personnages, les sensations, les pièces du puzzle qui se mettent en place tout doucement.

Je reviendrai à cet auteur une autre fois.

(Odilette)
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Que dire de ce roman sinon qu'à mes yeux il est un chef-d'oeuvre. Un style déroutant qui m'a fait développé encore plus mon goût pour la lecture. Même si dès le début je me suis sentie perdue, j'ai eu envie de persévérer et je ne le regrette pas, la difficulté donne du brio à ce roman.

Note : 4.95/5
(Didie)
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C'est un livre dans lequel j'ai eu bien du mal à entrer. Car William Faulkner ne fait aucune concession au lecteur. On entre de plein pied dans l'histoire, sans introduction ni même présentation du lieu, de l'époque ou des personnages. Il faut donc être bien concentré pour saisir l'intrigue et plonger dans le livre. Or malheureusement au moment où je l'ai commencé, je n'avais guère que quelques moments le soir avant de dormir pour m'y plonger. Et comme ce début est assez difficile, je ne manquais pas de m'endormir dessus!

Mais j'ai persévéré, j'ai profité des vacances de Noël pour avoir de longues plages de lectures et là je suis enfin entrée dans le livre. Et là j'ai pu vraiment apprécier ce monde de sensations, d'émotions car plutôt qu'une succession d'événements, c'est dans une ambiance que nous entraîne Faulkner, dans les pensées de ses personnages et nous fait voir leur monde par leur prisme.

Au final j'ai beaucoup beaucoup aimé ce livre. C'est très différent de tout ce que j'avais lu jusqu'à aujourd'hui et cela ne m'a pas laissée indifférente.

Note : 5/5
(Clochette)
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J'ai d'abord lu trois fois la première partie, et puis j'ai relu tout le roman dans la foulée, et même dans ma relecture, j'ai eu cette sensation pénible de ne pas tout saisir, que des détails importants m'échappaient... jusqu'à ce que je lise la préface! je voulais aborder Willy comme une grande, toute seule, mais j'ai eu tort. Je conseille donc de lire la préface avant d'aborder ce roman, tant il est vrai que ce n'est pas l'histoire qui importe ici, mais l'ambiance, la construction et le style si particuliers.

On l'a dit, ce roman tient de la poésie symboliste, avec ses associations d'idées, phrases souvent interrompues, qui se chevauchent comme au fil de la pensée. Et puis tout n'est pas dit et cela me frustre.

Mais finalement, j'ai le sentiment d'avoir "vu" un tableau, une peinture impressionniste, quoique sombre: un ensemble de sensations fugitives, d'images vibrantes en touches juxtaposées, qui se révèlent et donnent tout leur éclat avec le recul.

Note : 4.5/5
(Lassy)
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Quatre parties, quatre narrateurs dont un narrateur impersonnel, quatre temporalités décousues, des personnages homonymes... Que ce roman est difficile d'accès! Heureusement, la remarquable préface du traducteur explique clairement les points essentiels de la trame et les quelques difficultés de sens (plusieurs personnages portent le même prénom, chronologie des chapitres...). Elle fournit les indispensables clefs de compréhension qui permettent de se plonger dans cet abrupte récit d'inceste et de suicide, d'une violence inouïe.

La technique de narration est innovante et déroutante : le narrateur change selon les chapitres et le livre ne s'organise pas selon un ordre chronologique rigoureux. Faulkner offre ainsi au lecteur la possibilité de croiser les points de vue des personnages pour confronter les versions différentes d'un même évènement. Les histoires se racontent souvent sans élément temporel et il faut souvent se raccrocher à un indice pour reconstruire le fil.

Faulkner utilise notamment la technique littéraire de "courant de conscience" (forme de monologue intérieur, caractérisé par des sauts associatifs, et parfois dissociatifs, dans la syntaxe et la ponctuation qui peuvent rendre le texte difficile à suivre). Les parties (exceptée la quatrième) sont écrites chacune du point de vue de personnages différents.

Le livre débute avec un monologue intérieur "confié" à un simple d'esprit passablement dépassé par les événements qui se déroulent autour de lui. Confusément, les images qui lui parviennent font remonter ses souvenirs : il brosse de façon impressionniste et chaotique l'histoire douloureuse de sa famille. Vient ensuite le moment d'écouter les confessions de Quentin, son frère, étudiant mélancolique qui expose les raisons qui le pousseront à se donner la mort. D'amours déçues en déchirements, la fratrie (qui compte un troisième membre ayant lui aussi son monologue) se désagrège. Jouant subtilement avec les différences de registres en passant d'un personnage à l'autre, Faulkner conclut en tant que narrateur extérieur ce roman violent, où chacun se débat tant bien que mal sans réellement pouvoir se soustraire à un destin funeste.

Cette pièce maîtresse de la littérature mondiale offre une expérience littéraire unique, mais il faut sacrément s'accrocher!

Note : 3/5
(joujoub)








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