Seul dans Berlin
(Gallimard/Folio, 2004, 560 pages)
"Seul dans Berlin" raconte la vie de gens comme vous et moi dans un immeuble de
Berlin. Comme vous et moi... enfin presque. Nous sommes en 1940, c'est la guerre,
nous sommes en Allemagne, l'Allemagne nazie. A travers les histoires de ces
personnages, c'est toute l'histoire de l'Allemagne qui défile. Notamment la
tristesse d'une vieille femme qui vit seule au dernier étage, privée
de tous ses biens et surtout de son mari. Arrêté parce que Juif.
Allemand mais Juif. Elle côtoie la famille Persicke dont le fils est
engagé dans les SS tandis que les Quangel, leurs voisins, ont perdu le leur
à la guerre. Une guerre qui leur fait mal au ventre, ils en veulent à
Hitler, ils ne le trouvent pas bon, alors ils le diront. A leur façon, des
tracts distribués en douce, des mots disséminés de ci de
là. Acte anodin mais ô combien important et courageux dans ce contexte.
Un immeuble à l'image de l'Allemagne, bigarré, composite,
multiculturel, vivant dans la peur ou la soumission, pratiquant la
résistance avec foi et dignité.
Un livre essentiel pour aborder cette période sombre de l'histoire, un
roman-témoignage écrit par un auteur qui a souffert du régime
nazi (ses livres ont été brûlés en autodafé) et a
dû se cacher pendant toute la guerre. "Jeder stirbt für sich allein" a
été publié très peu de temps avant sa mort.
Le témoignage de Hans Fallada, ses textes, sa vision du régime et de
l'Allemagne sont essentiels. Il arrive souvent que l'on s'interroge sur la faible
mobilisation allemande face à la montée nazie. Bien sûr,
certains ont résisté et se sont battus mais dans l'ensemble, c'est
une masse silencieuse qui a accompagné les années hitlériennes.
En lisant Fallada et ses chroniques de la rue Jablonski, on comprend beaucoup mieux
la vie de tous ces gens, leurs motivations, leurs craintes, leurs actes de
résistance (ces cartes postales déposées dans les escaliers,
un geste dangereusement fou quand on y pense et si important!).
Tous ces gens étaient enfermés dans un système qu'ils ne
contrôlaient pas, leurs faits et gestes pouvaient à tout moment avoir
raison d'eux et beaucoup ont vécu la peur au ventre sans oser le montrer.
Le texte de Hans Fallada est effrayant, terriblement réaliste, nous voici
complètement immergés de l'autre côté et l'herbe n'y est
pas plus verte qu'ailleurs. Alors il faut s'organiser, résister tant bien que
mal, chacun à sa manière, goutte d'eau dans un océan qui ne
demande qu'à grossir.
Pas étonnant que Primo Levi ait considéré "Seul dans Berlin"
comme "un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie".
Pas de résistance militante ou politique ici, mais des actes quotidiens, de
Monsieur et Madame Tout le Monde, des actes dignes et formidables que Hans Fallada
souligne avec beaucoup de brio.
Les descriptions de ces personnages, de ces vies, de la bêtise humaine font
réfléchir et c'est indispensable pour comprendre cette période
mais aussi ce qui anime n'importe quel humain en pareille situation.
Note : 5/5
(Sahkti)
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Avant de devenir romancier, Hans Fallada (de son vrai nom Rudolf Ditzen) a
exercé de multiples métiers comme gardien de nuit, exploitant
agricole, gardien de nuit, comptable, reporter... De la même trempe et
génération d'écrivains comme Erich Maria Remarque ou Anna
Seghers, Fallada fut notamment célèbre durant l'entre deux guerres
mais se retira à la campagne pendant le règne du pouvoir nazi en
Allemagne. "Seul dans Berlin" est son dernier roman et fut publié
l'année de sa mort, en 1947.
"Seul dans Berlin" est un roman à part même si son thème et
l'époque à laquelle il se rattache font irrémédiablement
penser à "Si c'est un homme" de Primo Lévi ou au
"Journal" d'Anne Franck. Ses protagonistes font cependant plus
références à des personnages comme les résistants
munichois de la "Rose Blanche".
Pourquoi "Seul dans Berlin" est-il un roman aussi important dans la
littérature et, encore plus, dans la conscience collective? C'est que ce
roman ne se contente pas de relater la résistance d'Allemands face au
régime en place. "Seul dans Berlin" relate surtout le quotidien de citoyens
allemands sous le régime nazi. En prenant comme point de repère un
immeuble de la rue Jablonski à Berlin, Fallada dresse le portrait de
multiples personnages qui subsistent tous les uns près des autres tout en
étant tous diamétralement opposés dans leurs convictions et
comportements. Comment ne pas être ému et révolté face
au destin de la locataire juive Frau Rosenthal littéralement pillée
et martyrisée par ses voisins les Persicke, dont le fils le plus jeune,
Baldur, est un fervent adepte des Jeunesses Hitlériennes et ne vit que pour
la gloire de l'Allemagne nazie? On croise aussi au détour des couloirs
Borkhausen qui vivote en dénonçant ses semblables, Eva Klugue, la
postière anéantie en découvrant les exactions de son fils
engagé dans les SS, le conseiller Fromm, brave homme tentant d'aider du
mieux qu'il peut ses voisins. Surtout, on suit les Quangel, qui après la
mort de leur fils unique au front, décident de se lever contre le
régime d'Hitler et de distribuer dans tout Berlin des cartes
dénonçant le nazisme.
En suivant chaque personnage, on comprend ce que Fallada avec ce roman a
tenté de démontrer : que ces douze ans de nazisme (de 1933 date de
prise de pouvoir d'Hitler à la fin de la seconde guerre mondiale) ont plus
été pour les Allemands des années de souffrance que de gloire.
Qu'il suffisait d'un mot de travers, d'une pensée "criminelle" pour être
arrêté par la Gestapo et disparaître. Que la plupart des gens
ont tenté de survivre en se faisant discrets, la peur au ventre,
n'espérant en secret qu'une seule chose : la fin de la guerre et des
privations de toutes sortes.
"Les Hergesell supportaient avec peine cette atmosphère dans laquelle il
leur fallait vivre. Mais ils se répétaient que rien ne pouvait leur
arriver, puisqu'ils n'entreprenaient rien contre l'Etat. "Les pensées sont
libres", disaient-ils. Mais ils auraient dû savoir que ce n'était
même plus le cas sous ce régime."
La dernière partie du roman est peut-être la plus dure puisqu'elle
montre les rouages du régime dans ce qu'il a de plus impitoyable.
Particulièrement émouvant, le procès du Parti du Peuple fait
aussi frissonner de par son absurdité et sa violence.
Roman difficile car terriblement vrai, "Seul dans Berlin" se révèle
absolument indispensable à tous ceux qui souhaiteraient comprendre cette
époque. Le roman se termine cependant par une note d'espoir car "c'est
à la vie qu'il est dédié, à la vie qui sans cesse
triomphe de la honte et des larmes, de la misère et de la mort."
Note : 5/5
(liza_lou55)
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C'est un livre dont on n'en sort pas indemne car on comprend que le peuple allemand
a laissé s'installer la pire dictature que l'on puisse imaginer
principalement à cause de la terreur qui poussait à dénoncer
pour ne pas être dénoncer soi-même. A lire absolument!
Note : 5/5
(Lalyre)
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Normalement, j'évite les récit de la Deuxième Guerre Mondiale.
Pas que je sois insensible, mais c'est plutôt que la plupart des auteurs nous
racontent l'Histoire de la même façon. Mais pas Hans Fallada. Il nous
décrit tout simplement la vie d'un petit quartier de Berlin avec ses Juifs,
ses SS, sa Jeunesse Hitlerienne, ses Résistants, ses indigérents,
ses profiteurs, etc. Il y a eu beaucoup de violence et de drame chez le peuple
juif, c'est vrai, mais il ne faut pas oublier que ce n'est pas la totalité
du peuple allemand qui ont appuyé cette guerre. Il y eut des victimes aussi
chez les Allemands, et Hans Fallada nous démontre clairement que ce peuple
à aussi été cruel envers lui-même.
Ce roman m'a beaucoup touchée. J'ai suivi cette histoire comme la chronique
d'un temps passé et je me suis attachée à ces personnages tout
en nuance, jamais vraiment bons, jamais vraiment méchants. Le seul
bémol, sont les quelques longueurs tout au long du récit qui ont
ralenti ma lecture. Mais bien sûr, c'est pas évident de lire quelque
chose comme ça après le dernier Harry!
Note : 4,5/5
(Philcabzi5)
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J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman. Je me suis, en effet, aperçu
que l'on connaissait peu de choses sur la résistance allemande pendant la
seconde guerre mondiale, et il est vrai que je suis assez friande de cette
époque. Ce roman est un véritable hymne à la résistance
via les anecdotes de vie d'un immeuble situé rue Jablonski à Berlin.
Beaucoup de travers y sont décrits : de la résistance passive par le
biais de cartes assassines dénonçant les actes du "Fuhrer" à
la vindicte de ce jeune adolescent qui va jusqu'à emprisonner son
père pour se faire bien voir par ce même Fuhrer. Ou à la
trahison du voisin "squatteur" pour qui tous les moyens sont bons pour s'enrichir,
même à escroquer son propre fils.
Au cours de ma lecture, je me suis fait la réflexion que finalement on
connaissait peu de choses sur la résistance allemande car ainsi nous avions
tous l'impression que les Allemands étaient consentants et j'ai vraiment
trouvé que par le biais de ce roman, Hans Fallada nous démontrait
exactement le contraire. (Sachant que ce roman a été écrit
juste après la fin de la guerre).
Je vous recopie un passage qui m'a particulièrement touchée, lorsque
le commissaire Escherich réussit à faire avouer à Quangel que
c'est bien lui qui déposait les cartes postales depuis bientôt 2 ans :
Le commissaire Escherich :
"- Que vous êtes-vous imaginé? Vous, simple ouvrier, vous avez voulu
combattre le Fuhrer, derrière lequel se dressent le Parti, l'armée,
les SS et les SA?... Le Fuhrer qui a déjà vaincu la moitié du
monde et qui, dans un an ou deux, sera venu à bout de notre dernier ennemi?
C'est ridicule! Vous auriez du savoir en commençant que vous n'aviez aucune
chance. C'est comme si un moucheron voulait lutter contre un
éléphant. Je ne comprends pas cette erreur, de la part d'un homme
raisonnable comme vous."
Quangel :
"- Non, vous ne comprendrez jamais. Peu importe qu'un seul combatte ou dix mille.
Quand on se rend compte qu'il faut lutter, la question n'est pas de savoir si l'on
trouvera quelqu'un à ses côtés. Il fallait que je lutte, et je
suis prêt à recommencer..."
Note : 5/5
(Clochette)
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Avec "Seul dans Berlin", Hans Fallada réussit le pari de créer une
histoire, des personnages sur une trame de fond difficilement exploitable, la
guerre. Le lecteur suit ainsi le quotidien d'un immeuble de la rue Jablonski,
à Berlin : Une famille SS, une vieille femme juive, quelques opportunistes,
un couple désespéré par la perte de leur fils unique au
front...
Difficile scénario, où l'on est confronté tant de
fois à l'horreur pure et simple : "On lui fit connaître la faim et
l'humiliation, et son esprit fut plongé dans un état de confusion
totale. Uniquement soucieux de ce que ses persécuteurs voulaient entendre,
il avoua les crimes les plus graves; mais on lui montra aussitôt que ses
aveux étaient pleins de contradictions. On le martyrisa de nouveau, dans
l'espoir d'apprendre du petit bossu un crime resté inconnu de cette date.
Car le commissaire Laub agissait selon le principe de l'époque : tout le
monde avait quelque chose sur la conscience; il suffisait de chercher assez
longtemps pour obtenir un résultat."
C'est très émouvant, et si quelques passages prêtent cependant
à sourire (les péripéties d'Enno Kluge pour travailler le
moins possible, par exemple), ce n'est que d'un sourire amer. Car l'horreur est
là, latente, et fait de ce roman un vrai témoignage des conditions de
vie des citoyens allemands à cette époque. A lire absolument, au
moins pour le devoir de mémoire.
Note : 5/5
(Azurelia)
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Pour moi le grand intérêt de ce livre tient dans le fait que rares
sont les récits édités sur cette page de l'histoire, c'est-à-dire
la vie du peuple allemand à cette époque.
La réflexion qui vient bien entendu à l'esprit est celle de savoir
comment, personnnellement nous serions-nous comportés en ce lieu, à ce
moment? Bien malin ou prétention celui qui peut répondre...
C'est un livre à lire absolument pour la rareté de son contenu
historique mais aussi par la passion (peut-on dire suspense dans ces
circonstances?) qu'il engendre au fil des pages.
Note : 5/5
(Dkois)
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