Sans merci
(Belfond, 2003, 280 pages)
C'est l'histoire d'un couple en déroute depuis la mort tragique de leur
fils. La communication est coupée entre eux. Tandis que la femme essaie de
faire semblant de vivre normalement, l'homme étouffe de vengeance.
Renate Dorrestein expose l'idée que la vie est sans merci et son
écriture est à cette image : précise et froide, cinglante
parfois, mais aussi très subtile. Elle pénètre dans les âmes
des deux parents avec finesse et justesse, au point que l'on croirait ce couple
bien réel.
Le récit est très prenant et on sent sourdre quelque chose de "noir"
sans pour autant savoir quoi précisément... comme un orage qui
s'annonce sans jamais éclater.
L'auteur ne se laisse pas aller à l'apitoiement. Elle ne pose pas ce couple
en victime. Phinus, Franka et tous les personnages de ce livre sont des êtres
ordinaires, ni meilleurs, ni pires que les autres et Dorrestein neutralise toute
envie du lecteur de juger qui que ce soit. C'est justement ce qui est troublant
dans ce roman : le lecteur y retrouve ses propres faiblesses, ses pulsions, etc.
On se sent mis à nu.
Note : 5/5
(Flo)
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Le commentaire de Flo est très juste, et ce livre mérite un autre
5/5! Ce que j'adore avec cet auteur, c'est les surprises... elles nous attendent
partout. Le week-end "de réconciliation" de Phinus et Franka est à la
fois très frustrant et franchement jouissif sur ce plan-là... Renate
Dorrestein a complètement su dérouter mes attentes, et je me suis
retrouvée à avancer à l'aveugle, attendant de trébucher
sur de nouvelles surprises!
J'ai aussi été très touchée par le personnage de
Phinus, cet homme qui avait eu tant de mal à accepter l'idée qu'il ne
sera jamais père, et qui ne parvient pas à faire le deuil de son
enfant. Pas d'apitoiement pourtant; comme les autres personnages, il est tellement
humain, qu'on lui en veut parfois de s'emporter trop vite, d'abuser des autres, de
se laisser abuser.
Il faut que je trouve "Vices Cachés" d'urgence!
(louveloba)
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Et dire que c'est le 3e et dernier roman de Renate Dorrestein traduit en français
à ce jour... Soupir. Il y en a encore 7 qui n'attendent que la bonne
volonté des éditeurs français!
Je ne sais pas quoi ajouter à la critique de Flo qui est parfaite, vraiment,
relisez-la, elle contient tout le roman et en parle superbement bien.
C'est le récit d'un couple qui essaie de survivre à la mort de leur
enfant, passant par tous les sentiments humains face à ce drame,
jusqu'à l'acceptation finale.
Ça prend aux tripes, et c'est savamment distillé par des
aller-retours dans le passé, des explications sur la génèse
des parents.
J'en suis toute bouleversée, après l'avoir lu d'une traite alors que
j'avais un tout autre programme! C'est la puissance des grands romans.
Note : 5/5
(Cuné)
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De Renate Dorrestein, j'avais lu "Vices cachés", il y a trois ans, qui
abordait tout en pudeur et en douceur la question de l'inceste. Ici, elle parle de
mort, de deuil impossible à faire, de déchirures.
Le portrait de Phinus est remarquable. Son obsession est de faire condamner
l'assassin de son fils. A travers cette idée fixe et rongeante (ça le
détruit complètement), j'y vois la trace de sa propre
culpabilité, le moyen pour lui de la gérer (elle lui fait si mal).
Culpabilité car c'est lui qui a proposé à Jem de se rendre
dans cette boîte de nuit mortelle avec sa petite amie. Il s'en veut et cela
se traduit par une rage et une colère sourde, Phinus est prêt à
tuer pour venger son fils mais également commencer son deuil.
Renate Dorrestein possède un réel talent pour raconter la nature
humaine et ce qui la compose, elle excelle dans l'art d'aborder ces
événements de la vie qui provoquent les déclics mettant
à jour des sentiments et des comportements longtemps enfouis. La mort de Jem
fait éclater ce couple en apparence parfait et qui pourtant se
lézardait depuis longtemps. La lente destruction qui s'opère
après le départ de leur fils les pousse à s'opposer, à
se vider de leur amertume, ça ne se fera pas sans casse.
A la lecture de ce livre, on s'enfonce en même temps que les parents dans
cette descente aux enfers qui m'a semblée insurmontable. Comment faire
face? On a beau théoriser pendant des années, le jour où le
pire se produit, la nature reprend le dessus et il est parfois impossible de faire
face. Renate Dorrestein l'a très bien compris et surtout très bien
restitué, c'est grand.
Note : 4/5
(Sahkti)
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