Club des rats de biblio-net


9967 critiques, 3823 livres, 1512 auteurs



Carlos Maria Dominguez

La maison en papier
(Seuil, 2004, 112 pages)

Ainsi commence le roman: "Au printemps de l'année 1998, Bluma Lennon venait d'acheter dans une librairie de Soho un exemplaire ancien des Poèmes d'Emily Dickinson quand, arrivée au deuxième sonnet, au premier coin de rue, elle a été renversée par une voiture." Début assez burlesque et pathétique pour un roman particulièrement captivant, où il est question de la fascination qu'exercent les livres sur le lecteur, leur pouvoir grandissant et presque dangereux. Les livres changent le destin des gens, affirme le narrateur. Oui, et il le démontre.

La maison en papier est un joli titre pour symboliser l'invasion des livres dans la vie d'un bibliophile par exemple, mais le roman va aussi raconter une histoire abracadabrante. Celle d'un homme, d'une femme et d'un livre (La ligne d'ombre de Joseph Conrad). Le narrateur, lui, est le témoin de cette épopée, le passager involontaire d'une histoire qu'il rapporte assez méticuleusement. Après le décès de sa collègue Bluma Lennon, il occupe son poste à Cambridge. Un jour il reçoit une enveloppe postée d'Uruguay et contenant un exemplaire assez miteux du livre de Conrad. Ce livre est dans un piteux état, couvert d'une croûte sale et d'infimes particules de ciment. Aucune lettre, mais une dédicace de la défunte Bluma: "Pour Carlos... etc."

Intrigué, le narrateur va partir enquêter sur ce Carlos, ses relations avec Bluma, et lui apprendre le décès de leur amie commune. La tâche s'avérera difficile: les rencontres du narrateur vont écarquiller ses yeux au fil de ses découvertes lorsqu'il apprendra davantage du sort de Carlos Brauer, du livre de Conrad et des livres en général. Car ce roman de Carlos Maria Dominguez est une magnifique plongée dans l'univers des lecteurs assidus, sur le pouvoir et la fascination des livres, sur le monde des bibliophiles à tendance maladive, exploratrice ou conquérante. La maison en papier est d'une magnificence rare, cultivée et précieuse. L'auteur, lui-même critique littéraire, déballe sa passion livresque et ne cache pas les travers d'une telle passion. Attention, les livres sont dangereux, disait la grand-mère du narrateur dès qu'il avait le nez plongé dans un ouvrage. Oui, le livre est un objet à manipuler avec précaution. C'est une bombe à retardement, prudence!

La maison en papier raconte tout ça dans des mots bien choisis et prudemment mesurés. Beaucoup de très beaux passages sur les livres, les bibliothèques et ce que décèlent leurs contenus, la magie des mots et des ouvrages reliés. A lire, et relire indéfiniment. Un très beau roman.

Note : 4/5
(Clarabel)
**********

J'ai un avis mitigé sur ce roman. Les livres sont au cœur de l'histoire et l'auteur écrit des pages magnifiques sur les bibliothèques, les bibliophiles, les lecteurs et l'acte de lire. Mais je n'aime pas l'idée sous-jacente que les livres sont dangereux, même exprimée de façon facétieuse: c'est une idée qui a fait les beaux jours de toutes les dictatures, notamment de la dictature argentine, comme l'auteur lui-même nous le rappelle. Donc, je n'aime pas la fin et le destin de ce malheureux lecteur compulsif que les livres ont rendu fou et qui saccage la bibliothèque qu'il a mis des années à constituer.

Par ailleurs, le lecteur se rend compte à la fin de l'histoire que la solution de l'énigme était en fait dans l'ordinateur de la jeune femme disparue, ce qui est un peu décevant.

Note : 3.5/5
(Papillon)
**********

J'ai été émue par ce livre car je peux m'identifier au héros Carlos Brauer. Cet homme a un grand amour pour les livres au point qu'ils envahissent toute sa vie et son appartement aussi. Finalement les mots me manquent pour arriver à décrire ce que je ressens (un comble pour un lecteur).

Je suis contente d'avoir découvert un nouvel auteur, j'aime beaucoup son humour et la façon dont il parle des livres. Dans ce roman il cite d'autres auteurs et donne des titres de livres qui pour une fois ne me sont pas inconnus (merci le club des rats). Finalement une jolie découverte.

Note : 3.5/5
(Lauric)
**********

J'ai bien aimé ce petit livre dont le sujet n'est pas un livre (La ligne d'ombre de Joseph Conrad) mais les livres et la fascination qu'ils exercent sur les lecteurs, bibliophiles et collectionneurs. La quête du narrateur n'est qu'un prétexte pour l'auteur à dresser des portraits de lecteurs compulsifs, collectionneurs éclairés ou bibliophiles passionnés tous plus ou moins dévorés par leur passion de la littérature jusqu'à pour certains en perdre la raison et basculer dans la folie pure.

J'ai pris un peu peur à la lecture de ce livre. Une bibliothèque qui déborde, des piles de livres un peu partout qui envahissent l'espace grignotant peu à peu l'espace vital je connais ça. Mes bibliothèques sont pleines (de livre de poche en écrasante majorité), les rayonnages comptent chacun quatre rangées de livres et ma PAL (pile de livres à lire) grossit à vue d'œil plus de soixante-dix livres au dernier recensement. J'achète et j'achète encore et toujours plus de livres alors que je lis moins qu'avant. Serais-je menacée par cette folie que connaissent les personnages de la maison en papier? Une chose est sûre: je ne regarderai plus ma bibliothèque de la même manière.

Note : 4/5
(Lhisbei)
**********

Difficile de passer après Clarabel, elle a tout dit, et très bien dit. On ne peut effectivement que donner ses impressions de lecture: c'est une très intéressante histoire, en forme de fable, avec morale finale incluse: Ce ne sont pas tant les livres qui sont dangereux finalement, que la place qu'on leur donne....

Cette histoire a un caractère assez envoûtant, effectivement tous ceux qui aiment les livres peuvent s'y reconnaître à un moment ou à un autre. Dommage que ce soit si court, j'aurais bien aimé que ce soit développé un peu plus... Et Papillon j'aime bien aussi ce que tu dis sur les livres et la dictature.

Note : 3.5/5
(Cuné)
**********

Un livre arrive par courrier à Londres sur le bureau d'une femme professeur d'université qui vient de mourir. C'est un livre abîmé, fortement tâché de béton, et qui porte une dédicace que cette femme avait adressée quelques années plus tôt à un certain Carlos. Le remplaçant et ami de la défunte va essayer de retrouver en Argentine l'expéditeur du livre et de lui remettre le livre arrivé trop tard.

En voilà un livre que je voulais lire depuis longtemps et qui a tenu ses promesses! La recherche du narrateur nous amène dans un milieu d'amoureux des livres. Ce livre peut faire sourire pour les gros lecteurs que nous sommes, car on y retrouve pas mal de nos grosses manies de lecteurs passionnés. Mais c'est un très beau livre sur notre rapport aux livres et sur ce que représente pour nous la lecture.

Deux petits extraits :

"Les livres avancent dans la maison, silencieux, innocents. Je ne parviens pas à les arrêter." p. 20

"Les livres s'accrochent à nous en un pacte de nécessité et d'oubli, comme s'ils étaient les témoins d'un moment de notre vie auquel nous ne reviendrons plus, mais que nous croyons préserver tant qu'ils restent là." p. 20

Un gros coup de coeur!

Note : 5/5
(Cryssilda)









Carlos Maria Dominguez est né en 1955 à Buenos Aires. Ecrivain, critique littéraire et journaliste, il est l'auteur de plusieurs romans et d'une biographie très remarquée de Juan Carlos Onetti. La maison en papier, son premier livre traduit en français, a obtenu le prix Lolita Rubial 2002. Il vit à Montevideo, Uruguay, depuis 1989.



Abonnez-vous à la newsletter.

Hébergé par YourMailinglistProvider.com





©2000-2009 - Club des rats de biblio-net