La femme de hasard
(Gallimard/folio, 2007, 183 pages)
Maria, une jeune fille de milieu modeste, vit aux environs de Birmingham.
Indifférente par choix, indécise par nature, elle trouve que l'on
fait beaucoup de bruit pour peu de chose. Que valent les succès aux examens
et les déclarations de Ronny qui l'aime désespérément,
que penser des amis de classe avec leurs vacheries et leurs cancans... Seul le
chat, un exemple d'indifférence satisfaite, lui donne à penser qu'une
forme de bonheur est possible. Mais comment être heureux lorsque votre vie
est une succession d'accidents, de hasards...
Etrange livre que ce premier roman de Jonathan Coe (1987). Ce roman est une bulle
de savon, comme insaisissable! Pour moi, en tout cas. J'ai eu l'impression de me
retrouver face à une non-histoire, à un non-personnage. Et cette
Maria, quel personnage justement! Elle semble transparente par son
indifférence extraordinaire et j'insiste sur le terme "extraordinaire".
Parfois, sa sensibilité semble s'éveiller et puis pfuit! le savon
lui échappe des mains comme son histoire nous échappe.
Maria se laisse porter par indifférence mais il faudrait qu'elle soit
totalement insensible pour que les conséquences ne soient pas dramatiques.
Maria jalouse Sefton, le chat, indifférent et qui semble heureux de
l'être. Cela me rappelle ma grand-mère lorsqu'elle me dit: "Faut pas
t'en faire comme ça! Regarde le chat. Il est complétement
détendu. Il ne s'inquiète pas." En effet, un chat n'est pas
affecté par grand chose... Maria aimerait se soustraire aux autres afin
d'éviter toute contrariété. Cependant, même lorsque les
autres sont absents, ils la hantent jusque dans ses rêves, l'empêchant
d'atteindre la tranquillité à laquelle elle aspire.
Finalement, peut-être que sa conception du bonheur s'apparente au
détachement du chat par rapport au monde qui l'entoure. Un idéal
inaccessible?
La notion de hasard est omniprésente. Maria ne choisit pas, elle subit. Elle
n'échappe pas aux diverses influences de la société. Mais ce
personnage irréel n'est-il pas le reflet d'un comportement connu? Se laisser
aller? Laisser les autres choisir pour nous? Des normes de bonheur nous sont
imposés et rarement, on ose les contrarier. Alors, on subit plutôt que de
vivre et de trouver sa propre voie vers le bonheur. N'est-ce pas ce que veut nous
faire entendre l'auteur dans ce livre sinistre?
Paradoxalement, ce livre m'a beaucoup fait rire. Et oui! L'auteur tourne en
dérision les clichés d'une vie heureuse, ironise sur le sort
désespérant de son héroïne ( "Honnêtement, je
commence à en avoir marre de Maria, et de son histoire, tout comme Maria
commence à en avoir marre de Maria, et de son histoire." ). Et puis, il y a
le fameux passage où Maria vit entourée de folles. J'ai aussi
trouvé original le fait que l'auteur interpelle directement le lecteur pour
lui demander d'imaginer des passages qu'il ne prendra pas la peine de
décrire.
J'ai fait de mon mieux pour ne pas être obscure dans mes propos. Mais comme
je l'ai dit plus haut, ce livre est comme une bulle de savon, insaisissable.
Note : 4.5/5
(loup_en_vadrouille)
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