L'Expérience interdite (Serpent à plumes, 2003, 177 pages)
Une histoire absolument originale! Un homme garde des écrivains enfermés dans des
cages sur une île déserte aux Philippines. Des étages et des étages
de cages. Ces gens sont enfermés dans des conditions atroces et ils doivent
écrire des livres, ni plus ni moins que des chef-d'oeuvres...
En fait c'est une métaphore de la société, une parodie de la création
littéraire surtout. En voici un extrait:
"Il me semble que les écrivains traités comme des coqs en pâte ont tendance
à s'amollir et à se corrompre. Ils écrivent de moins en moins bien à
mesure que leur indice de confort augmente. La célébrité, les émissions
de télévisions, les interviews leur montent à la tête, et ils
préfèrent passer leur temps à commenter leurs oeuvres plutôt qu'à
en produire de nouvelles. Pas étonnant qu'un nombre d'entre eux finissent par n'écrire
que des navets ou ne plus écrire du tout."
Un livre qui se dévore d'un bout à l'autre car l'écriture est des plus
dynamique et c'est très prenant comme récit. Faut quand même essayer de se
retenir parce que Ook Chung raconte des choses pas mal intéressantes ou vous faites
comme moi et relisez certains chapitres.
Je le suggère fortement!
Note : 4.5/5
(Mousseline)
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Avec ce roman, Ook Chung nous plonge dans un univers peu familier aux Occidentaux, soit la culture des
perles et le trafic de la bile d'ours. L'auteur se fait pédagogue en incluant sa
connaissance des sujets évoqués pour nous mener au coeur d'une dynamique beaucoup
plus large. À partir d'un parallèle allégorique, il définit la
particularité de l'écrivain au sein de l'humanité.
La linéarité étant inversée, il nous présente d'abord les
objectifs que Bill Yeary, le héros machiavélique de ce roman, a atteints. C'est
dans la troisième partie de l'oeuvre que nous apprenons comment lui est venue
l'idée d'exploiter une usine d'écrivains sur l'île de Guam au large des
Philippines. Après la mort d'Ama, sa bien-aimée pêcheuse de perles, il
s'intéresse à cette industrie afin de s'enrichir promptement. Après son
échec dans le domaine, il se tourne vers un commerce peu connu en Occident, soit la
vente de la bile d'ours, dont on se sert dans la pharmacopée chinoise pour guérir
les maladies de l'estomac. L'auteur nous familiarise donc avec ce trafic clandestin très
lucratif et illicite même en Asie.
Comme le héros est friand de fric, il imagine une application des techniques
employées avec les ours à des écrivains afin de les inciter à
produire des chefs-d'oeuvre. Dans un château, il réussit à réunir
des hommes qu'il encage après leur avoir fixé un genre de robinetterie pour
cueillir la bile qu'ils secrètent. Ainsi, Bill Yeary pense-t-il obtenir plus facilement
d'eux des oeuvres majeures qui feront sa fortune. L'auteur explique avec conviction comment
cette idée farfelue peut prendre forme. La propension à la misanthropie du
héros l'amène à accueillir chez lui les éclopés de la vie ou
les solitaires qui préfèrent vivre en ermite. Ces derniers sont des hikimori, des
reclus plus ou moins volontaires. Il va compter aussi sur les parents prêts à
vendre leurs enfants comme ça se fait en Haïti. Nul remords n'affecte le
héros, qui se dit, que, partout à travers le monde, on se livre à des
trafics honteux sans que personne ne proteste. Au banquet de la vie, on profite
allègrement de la sueur des autres, même de celle des écrivains, dont on
lit les oeuvres comme une friandise.
Dieu n'a-t-il pas condamné l'homme à souffrir et à mourir? Pourquoi donc
ne pas devancer son destin? Ook Chung dénonce cette vision misanthrope, porteuse des
pires horreurs. Son roman est une mise en garde contre l'exploitation de l'homme par l'homme.
L'auteur oriente surtout son projecteur sur les écrivains, qui sont à la merci
des éditeurs, de la publicité... Il souligne l'exercice difficile de ce
métier, qui doit se libérer des pratiques esclavagistes qui l'entourent.
L'expérience interdite que l'on décrit est incorporée dans une
allégorie qui ne résulte pas d'une réflexion obscure. C'est écrit
dans une langue simple, qui conviendrait à des adolescents si le sujet n'était pas
métaphysique. En plus, c'est très instructif. On découvre la face
cachée de l'exotisme. Bref, c'est un roman qui fait la
promotion de l'être humain et, en particulier, celle de l'écrivain.
Note : 4/5
(Polo)
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Oui, moi aussi ce livre m'a plu mais je mettrais un bémol: Il faut pas mal relire
notamment les passages philosophiques pour bien comprendre, c'est beaucoup dans l'abstrait en
dehors de l'histoire elle-même qui est déjà très originale. Pas mal
de mots à chercher dans le dico aussi (pour moi!) donc je ne dirais pas que c'est une
lecture facile. Néanmoins là où Ook Chung est très fort, c'est qu'il
marie parfaitement la métaphysique et le conte terre à terre. Il y a un je ne
sais quoi de John Irving, qui nous fait sourire parfois dans les situation dramatiques...
Je ne regrette pas du tout d'avoir ouvert ce livre car on peut dire qu'il m'a enrichie!
Note : 3.5/5
(Cuné)
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