Le message
(J'ai Lu, 2002, 125 pages)
Andrée Chedid me touche à chacun de ses récits. Le début
de ce livre ressemble à la fin de "La maison sans racines". Une femme, se
déplaçant pour et par amour est blessée par balle, un tireur
isolé, la souffrance indicible se profilant à l'horizon. Dans
"La maison sans racines", une grand-mère allait à la rencontre de sa
petite-fille. Ici, une femme part à la rencontre de son amour. Marie et
Steph se sont disputés, elle doit aller lui délivrer un message, sans
quoi il croira que tout est fini entre eux, or pour elle, la brouille est
passée, elle l'aime, elle veut le voir. Par amour, elle part le rejoindre.
Par amour, elle avance sans crainte. Un sniper rôde, c'est le drame.
A nouveau, j'ai retrouvé ce sentiment d'impuissance et de révolte
lorsque la balle se loge près du coeur de Marie, ce profond sentiment
d'injustice au moment où tout semblait se mettre enfin en place, le grain de
sable qui grippe toute la mécanique humaine. Heureusement cette fois, ce
n'est pas terminé, le récit débute, tout est encore à
construire. Un couple va l'aider, la soigner. Anya prend possession de la photo de
Steph, elle devient la messagère, traversant une ville en état de
siège, retrouvant Steph une seconde trop tard. De son côté,
Marie se fane. Anya et Anton se sentent perdus. L'amour, ils connaissent, leur
vieux couple en a vu de toutes sortes et si leur amour a duré, il s'est
patiné avec le temps. Steph et Marie, de leur côté, en sont aux
balbutiements, ils ont encore tout à édifier. Deux histoires d'amour
semblables et si différentes à la fois, deux destinées.
Une course contre le temps, j'ai ressenti cette impression. Dans "La maison sans
racines", la scène de la traversée fatale de la rue, qui ne prenait
dans la réalité que quelques secondes, s'étalait sur de
nombreuses pages, faisant vivre au lecteur chaque seconde et la rendant longue,
très longue. Ici, la course contre le temps est là, mais le processus
s'inverse, on court avec Anya, on veut rattraper ce temps qui passe, tout va trop
vite, on arrive trop tard, il faut se dépêcher. Impression de vitesse
et toujours ce temps qui passe inexorablement.
Note : 4/5
(Sahkti)
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