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James Lee Burke

Le boogie des rêves perdus
(Rivages noir, 2006, 381 pages, Titre original : The lost get-back boogie)

Un ancien soldat de la guerre de Corée ayant purgé sa peine de prison pour avoir tué un homme tente de changer de vie en changeant de région.

Iry Paret sort de prison et il n'est pas très bien accueilli dans sa famille. Il assiste à l'agonie de son père, touche une maigre part d'héritage, puis il part dans le Montana retrouver Buddy Riordan un ancien compagnon de cellule. La vie dans la famille Riordan n'est pas réellement de toute tranquillité, entre le père militant écologique avec un peu d'avance, qui veut faire fermer une usine de papier, ce qui mettrait 400 personnes au chômage. Buddy est un brave garçon, un peu tête brûlée quand il a bu et il boit relativement souvent, sans compter les joints et autres produits illicites.

Un soir Buddy et Iry se font passer à tabac, et leur camion est incendié, c'est le début des hostilités. Et comme le shérif n'est pas trop regardant sur la loi et l'ordre, comme les comptes vont se régler avec intérêts, la vallée ne restera pas longtemps un havre de paix. Iry Paret, guitariste de country, a tué un homme un soir de concert, il semblerait vouloir vivre tranquille, sa peine purgée. Il trouve quelques boulots de guitariste dans des bars à musique, aide les Riordan à la ferme, devient l'amant de l'ex-femme de Buddy, ses cauchemars de la guerre de Corée s'éloignent, enfin la paix? Bien malgré lui, il va être mêlé aux ennuis des gens chez qui il habite. Buddy Riordan, ancien compagnon de cellule, était pianiste de jazz, avant la prison; le père militant idéaliste de la première heure, vieux patriarche semble n'avoir que des idées dérangeant toute la vallée. Donc ses ennemis sont multiples, les ouvriers de l'usine, les bûcherons des environs qui perdront eux aussi leur travail.

Le décor : Louisiane un peu, puis le Montana avec des descriptions de la nature à la "James Lee Burke". Cette nature sauvage mais nourricière, quelques scènes de chasse, des parties de pêche. Un monde rural d'où la violence n'est pas exclue. Mais l'industrie polluante menace l'équilibre du site.

Un très bon livre qui exceptionnellement ne se passe pas en Louisiane, mais encore une fois une ode à la nature et aux hommes qui restent marqués à vie par la guerre et la prison.

Extraits :

"- Tu vas te retrouver à l'armée du salut quand ton pognon te sera sorti par la queue, en bière et en femme."

"- Le français était chargé du même parfum de clandestinité qu'un murmure privé entre deux indics."

"- On prend ton camion parce que j'ai garé ma voiture contre un arbre au beau milieu d'un torrent la nuit dernière."

"- On dirait que nous vous avons mêlé à nos ennuis de famille Monsieur Paret, dit-il. Non, monsieur ce n'est pas vrai. D'habitude, je me fais un point d'honneur de me créer mes ennuis tout seul."

"- Le nom de Riordan, là-bas à Hamilton, c'est comme la puanteur de la merde."

Note : 4/5
(Eireann)
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C'est mon premier Burke... Je n'ai qu'un mot... excellent!

Cet auteur est un véritable écrivain. La poésie de ses textes, les descriptions de paysages (MONTANA), son amour du blues, tout concourt à créer un climat particulier au roman. J'aime vraiment ce type de roman. Rien ne va comme on voudrait, la fatalité est toujours présente. C'est mon premier coup de coeur de l'année. Merci à Yvon et Claude de m'avoir fait connaître cet auteur.

Note : 5/5
(Odilette)
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"Le blues, c'est comme la mort, ça vous habite, ça vit avec vous, tous les jours, partout, disait le bluesman Sam "Ligthnin" Hopkins. Iry Paret, jeune guitariste louisianais, le sait depuis toujours. Il sort du pénitencier Angola où il a purgé une peine pour homicide involontaire, et lorsqu'il revient dans sa famille, il se rend compte qu'il n'a plus sa place. Son frère et sa soeur sont obsédés par la réussite matérielle et son père agonise, seul dans la vieille plantation délabrée. A la mort du père, Iry Paret comprend qu'il ne peut rester en Louisiane et part pour le Montana où l'attend Buddy Riordan, son ancien compagnon de détention. En arrivant là-bas, c'est un autre monde qu'il découvre..."

Sur certains sites de voyage il y a des photos des vieilles plantations de Louisiane. Il y en a une, La "Le Beau House", à laquelle j'ai tout de suite pensé en lisant ce roman. C'est une vieille plantation abandonnée; un quadrilatère patiné par les années, aux fenêtres condamnées et au toit prenant l'eau. C'est tout à fait l'idée que je me faisais de la plantation des Paret. Cette demeure n'est pas seulement une image c'est l'âme du roman. Si Iry doit quitter la Louisiane ce n'est pas pour retrouver la sérénité. La vie c'est pas ainsi que cela se joue. Il faut montrer "patte blanche" avant de goûter au calme.

James Lee Burke serait le romancier de la nostalgie que cela n'intéresserait personne. Les couloirs des musées, les trottoirs des villes et les zincs des bars sont emplis de ces gens qui trouvent que tout était mieux avant. Ce que regrette l'écrivain c'est que le fil qui unit l'homme à la Terre soit de plus en plus ténu, que l'animal humain s'est renié pour la course au profit et qu'exploiter la nature soit devenu son sport principal. Cette course qui fait dire au responsable de conditionnel d'Iry Paret que le métier de musicien est un métier à risque et qu'il replongera à tous les coups. Il est clair que pour le romancier texan la musique fait échos à la nature, qu'elle est une des façons de garder le contact avec le monde, avec les montagnes, avec les vallées et les torrents qui courent comme des échines vitales.

A travers Iry et son ami Buddy, Burke nous questionne à propos de la mort. Il dit avec justesse que la jeunesse ne semble jamais s'imaginer qu'un jour elle perdra tout, que la mort n'est pas pour elle à part pour les plus pessimistes. Si Iry semble être épargné, Buddy est un personnage marqué par le destin, comme si le long roman était en réalité son ode funèbre. On sait qu'il ne s'en tirera pas, qu'il est marqué comme un animal qui se rend à l'abattoir. "The lost get-back boogie" est un roman pessimiste car pour survivre et renaître après la prison, Iry doit tout prendre à son ami, un ami qui reconnaîtra que le peu qu'il leur restera de commun sera les années passées en prison. Constat amer et désabusé.

Burke est le romancier qui en ce moment me parle le plus. Dans sa langue je trouve l'échos de mes propres questions et des réponses que j'apporte avec mon expérience de la vie. C'est un homme mélancolique qui regarde la nature comme si c'était une infime part du paradis perdu. J'éprouve les mêmes sentiments face aux collines pluvieuses qui entourent mon village. Et lorsque je me ballade dans les bois de l'Ardenne Belge je pense à ses mots. Je sais par avance que le jour où il mourra je perdrai un ami de longue date...

(Claude)







Vers une aube radieuse,
Le Bagnard,
Le boogie des rêves perdus,
La pluie de néon,
Prisonniers du ciel,
Black Cherry Blues,
Une saison pour la peur,
Une tache sur l'éternité,
Dans la brume électrique avec les morts confédérés,
Dixie city,
Le brasier de l'ange,
Cadillac Juke-box,
La Rose du Cimarron,
Sunset Limited



James Lee Burke est né le 12 décembre en 1936 à Houston, au Texas. Il fait des études de littérature anglaise et de journalisme à l’Université de Louisiane. En 1954, il gagne un concours de nouvelles et publie son premier roman "Half of Paradise". Mais ses deux romans suivants ne sont pas publiés. Pour vivre, il accumule les petits boulots, travaille sur les plates-formes pétrolières, devient éducateur social à Los Angeles, écrit quelques articles dans un journal de Louisiane, etc. Il crée ensuite le personnage Dave Robicheaux, ancien policier de Louisiane, héros récurrent qui lui apporte enfin une reconnaissance en 1986, dès le premier roman "La pluie de Néon".

source: http://www.arte-tv.com




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