Petite
(Seuil/Points, 2004, 128 pages)
"Je vis avec la faim, je la mate, je la dompte, je l'apprivoise, je
l'endors. Après avoir été cruelle, elle se calme toute
seule, il suffit d'attendre. Je sais qu'un bonbon la trompe. J'aime la
sentir toute la journée, juste en dessous du plexus, un courant
d'air qui me réunit à l'air du ciel. Je considère que la
faim me donne une énergie immense, une légèreté
de sarcasme. Mes pieds ont moins à porter, et même si la
surveillante générale m'a dit que j'étais longue comme
un jour sans pain, et qu'on me trouvait désormais agressive et
méchante - alors qu'il me semble ne dire quasi rien à personne
et passer comme une danseuse - je suis fière de mon entreprise.
J'allège le monde."
Nouk a un problème : elle a treize ans et décide de ne plus
manger, de ne plus avoir faim, de ne plus grandir. Pourtant Nouk est une
fille brillante et très intelligente. Mais son mal pousse en elle,
d'abord sans éveiller de soupçon ni de crainte, pour finalement
aboutir à des crises de larmes, des affrontements avec ses parents,
les médecins, jusqu'à tenter de guérir de cette terrible
maladie. L'anorexie. Difficile d'y mettre un nom pour ces adultes qui n'y
comprennent pas grand-chose, qui se trompent sur ce qui se trame dans la
tête de Nouk, pour eux elle est bien trop jeune pour penser aux modes
et à la beauté (le mannequin Twiggy est très en vogue
durant ces années 60). Pour Nouk ce contrôle de la faim et de
son corps va bien au-delà de ces futilités. C'est son petit
cheval de bataille contre des démons qui l'animent et l'habitent.
Mais personne ne peut comprendre. Alors très vite le drame va
commencer. Elle va perdre la confiance des siens, être enfermée
dans un centre hospitalier et réapprendre les gestes essentiels
à sa survie. Car Nouk est en danger de mort mais elle ne le sait
pas...
"Petite" c'est toute cette histoire d'une adolescente intelligente et
douée qui cesse de s'alimenter du jour au lendemain. "Petite" c'est
toute l'histoire d'une anorexie qui empoisonne une existence et une vie de
famille. Geneviève Brisac parle à travers la petite Nouk qui
confie ses états d'âme, ses victoires, ses résolutions et
ses angoisses. "Petite" est une histoire poignante, détaillée
et finement construite. L'auteur prend un soin particulier à
décrire la maladie et sa perversité, à souligner que
Nouk n'est pas folle ni méchante, qu'elle ne fait pas exprès,
qu'elle ne veut pas torturer sa famille, ni se rendre intéressante.
C'est un mal qui ronge le corps et l'ossature de la jeune fille, mais pas
seulement. "Petite" en révèle toute l'étendue...
C'est joliment écrit, finement exprimé, surtout à
travers la voix de la jeune Nouk de treize ans. Il est juste (un peu)
dommage de hâter la fin, notamment avec le passage des années,
ce qui rend la fin du roman un peu hoquetante. Mais Geneviève Brisac
possède un véritable talent d'écrivain qui se
confirme de lecture en lecture.
"Quelquefois les livres vous aident plus que n'importe quoi."
Note : 3.5/5
(Clarabel)
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