Les filles
(Gallimard/folio, 1997, 143 pages)
"Nouk a décidé de planifier la guerre. Elles minutent, avec Cora, quelques
escarmouches légères. Si aucune jeune fille ne peut rester, si toutes
elles fuient, ou meurent, il n'y en aura plus. Donc être atroces. A tout
instant, invivables." L'esprit retors de Geneviève Brisac se met en
branle: pour son premier roman l'auteur impose déjà ses personnages
fétiches, à jamais présents dans le reste de ses romans. Pour
"Les filles", Nouk, Cora et le Bébé sont de jeunes enfants redoutables.
Elles ne veulent plus de nourrice, c'est décidé. Lorsque Pauline débarque
un matin, ses heures sont comptées. Avant elle, il y avait eu Maryse qui
était cruelle, cinglante et violente. Elle est partie, on dit d'elle
qu'elle est morte juste après... mais Pauline n'en saura pas plus.
Déjà l'ambiance est assez glaçante, les filles sont trop intelligentes,
elles pensent beaucoup, s'expriment peu ou ont des mots terribles. Ce sont des
coeurs de béton armé, surtout Nouk. La jeune fille a
décidé de créer une symbiose avec Cora comme un couple
de jumelles. Et puis tout va se fissurer: une mort atroce dans un square,
une séparation, un deuil et la maladie... bref le roman ne se contente pas de lapider la nurse,
l'histoire est morbide dans l'ensemble.
Geneviève Brisac signe son premier livre d'une plume très
sèche, par mots hâchés, le rythme général est
saccadé, parfois l'on croit à des phrases coupées net. Point à la ligne.
C'est aussi ironique, cruel, parfois drôle et moqueur. Franchement ce
livre détonne : c'est une entrée en matière assez perturbante dans
l'oeuvre de Geneviève Brisac; je le recommande essentiellement pour ceux
qui apprécient l'auteur. C'est aussi un judicieux complément à "Petite",
son deuxième livre, où l'on découvre le martyr de Nouk devenue
anorexique.
Note : 3.5/5
(Clarabel)
|