Le dehors et le dedans
(Zoé, 1998, 102 pages)
Dans "Le dehors et le dedans", recueil de poésies du voyage et de l'errance,
on retrouve la même magie des mots de Bouvier et cette envie inchangée
de partir, de conquérir d'autres horizons. En lisant ces textes, mais aussi
les autres, il m'est arrivé plus d'une fois de penser "qu'il a dû
trouver Genève minuscule!", réflexion que je formule souvent quand
j'erre dans ma ville. Mais Genève, c'est davantage qu'une petite ville aux
yeux de Bouvier, c'est sa ville (Cologny en particulier, un de ses lieux de vie) et
ce sont ses amis, des êtres si importants à ses yeux. On retrouve ces
thèmes forts de l'amitié et des éternels départs
à travers ces textes poétiques qui surprennent par leur
caractère hétéroclite et rassurent par leur qualité
d'écriture. C'est un autre Nicolas Bouvier, tout en étant lui-même.
A propos du poème "La dernière douane" repris en extrait, on trouve
dans l'édition Quarto Gallimard des oeuvres de Bouvier une version
manuscrite du texte présentée par le sculpteur Henri Presset, un ami
de Nicolas Bouvier avec lequel il préparait un livre que l'infatigable
voyageur ne put admirer de son vivant et que Presset imprima en un seul exemplaire,
offert à Eliane Bouvier.
La dernière douane
Depuis que le silence
n'est plus le père de la musique,
depuis que la parole a fini d'avouer
qu'elle ne nous conduit qu'au silence,
les gouttières pleurent,
il fait noir et il pleut.
Dans l'oubli des noms et des souvenirs,
il reste quelque chose à dire
entre cette pluie et Celle qu'on attend,
entre le sarcasme et le testament,
entre les trois coups de l'horloge
et les deux battements du sang.
Mais par où commencer
depuis que le midi du pré
refuse de dire pourquoi
nous ne comprenons la simplicité
que quand le coeur se brise.
(Genève, avril 1983)
Note : 5/5
(Sahkti)
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