Charles-Albert Cingria en roue libre
(Zoé, 2005, 172 pages)
On sait que Nicolas Bouvier a souvent évoqué la possibilité
d'écrire sur Charles-Albert Cingria. Une rencontre littéraire entre
deux Genevois, suscitée par la Fondation Pittard et qui ne verra jamais le
jour, les étoiles ayant rappellé Bouvier à elles en 1998.
Nicolas Bouvier avait dans le passé donné des conférences et
rédigé quelques textes dédiés à son homologue.
Les voici aujourd'hui rassemblés dans ce volume édité par
Zoé. Une partie de ces écrits sont inédits, ayant dormi
pendant des années dans les tiroirs de Bouvier ou rédigés
très peu de temps avant qu'il ne franchisse la dernière douane.
D'autres textes sont connus et ont été rendus publics d'une
manière ou d'une autre, notamment dans le Journal de Genève ou aux
archives de la bibliothèque universitaire de Genève.
Bouvier raconte Cingria tel qu'il l'a vu mais aussi tel qu'il l'imagine, tel qu'il
l'apprécie ou idéalise. Des textes courts, correspondant à des
facettes de la personnalité cingrienne. Des anecdotes touchantes et en
définitive, un bel hommage d'un écrivain à un autre, avec
quelques points communs que Bouvier met en avant: le normadisme, l'empathie, le
goût de Ramuz, l'ouverture au monde, l'envie de voir plus loin. Outre ces
notes de Bouvier sur Cingria, on trouve également les textes chers à
l'écrivian-voyageur, ceux qu'il relit sans cesse et dont il s'est longtemps
inspiré.
L'écriture de Bouvier est ici efficacement accompagnée de l'appareil
critique de Doris Jakubec qui apporte rigueur et complément là
où Bouvier dépose une belle lettre d'amour. Un Bouvier encore plus
à fleur de peau qu'il a pu l'être dans certains recueils, face
à un Cingria dont l'âme planera à jamais sur les lettres
romandes. Une belle rencontre, humaine et sensible, à savourer.
Note : 4.5/5
(Sahkti)
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