Le temps de Planck
(Théatrales, 2002, 191 pages)
Cette pièce de l'espagnol Sergi Belbel aborde la mort d'un homme,
entouré des êtres qui lui sont proches, et qui vont réduire la
distance le séparant de la mort à des unités de temps. Le
temps de Planck, des fractions de secondes assemblées en séquences
temporelles. Le temps prend de suite une autre allure, il y a comme un air de
"ça va durer plus longtemps" derrière tout cela qui repousse, même
illusoirement, l'arrivée de la grande faucheuse, mais qui, en même temps,
ressemble à du chronométrage. Les limites sont fixées, chaque
séquence a un temps imparti avant de céder la place à la
suivante. Curieux mélange d'éphémère et
d'éternité. Un découpage qui permet de remplir les blancs
offerts par le temps en repos. Il s'agit d'aller vite, de se confesser, de
raconter, de livrer ses souvenirs. Tout ça avant de partir pour de bon.
Cette pièce m'a beaucoup plu par l'énergie qu'elle dégage au
milieu d'une certaine léthargie. La mort est là, présente et
étouffante, on la devine derrière chaque mot, il faut aller au plus
vite avant qu'elle ne rattrape le père, ça donne un côté maladroit
aux personnages qui se confient dans l'urgence et vivent une autre vie, plus rapide
mais tellement intense avant qu'il ne soit trop tard. J'ai savouré avec
effroi et en même temps émotion, pour raisons personnelles, cette
course contre la montre que Sergi Belbel restitue avec beaucoup de force et aussi
de joie. Car son texte est vivant, rythmé, cela ressemble à de la
musique (sans doute à cause des chansons qu'il contient), un opéra
virevoltant qui serait très bruyant avant de mourir dans un dernier
claquement sec d'instrument.
Note : 4,5/5
(Sahkti)
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