La chasse-galerie
(Bibliothèque Québécoise, 2002, 105 pages)
Voilà une lecture pour faire changement, une brise fraîche qui
nous entraîne vers ce court récit de six nouvelles.
Qui n'a jamais entendu parler de cette légende de bûcherons
survolant la forêt à bord d'un canot d'écorce,
après l'invocation appropriée à Satan, pour aller
retrouver leurs blondes la veille du jour de l'An. La chasse-galerie,
du nom de cette activité d'une époque où la conduite en
état d'ivresse était la norme, a été mise par
écrit par Honoré Beaugrand, écrivain montréalais
du tournant du XIXe siècle qui s'était donné comme
mission de conserver toute une tradition orale menacée par
l'urbanisation de la société. "Si j'ai été
forcé dit-il, de me servir d'expressions peu académiques, on
voudra bien se rappeler que je mets en scène des hommes au langage
aussi rude que leur métier." (Honoré Beaugrand)
Honoré Beaugrand s'inspire tantôt des légendes et du
folklore, tantôt de l'histoire, tantôt de la vie contemporaine,
tantôt encore de la science ou du fantastique.
La chasse-galerie, est magnifique comme légende. Quand on lit
ces classiques avec un tant soit peu de connaissance sur la
réalité du Québec à cette époque, c'est
encore plus évocateur. Ces brèves légendes servaient
à animer les veillées d'autrefois dont la tradition orale a
contribué à forger l'imaginaire québécois et, sans
qu'on le réalise, continue d'influencer les écrivains, les
chanteurs et les artistes en général.
Dans ce recueil de nouvelles, on retrouve une prose sobre et accessible.
Tournant autour de la légende La chasse-galerie, on visite
monstres, loup-garou et autre chimères qui illustrent bien la
richesse du folklore québécois. Si certains textes ont un
côté vieillot, l'ensemble est encore rafraîchissant et on
prend un malin plaisir à se replonger dans ces histoires "de peur"
écrites cent ans avant les films d'horreur contemporains. On se rend
rapidement compte que l'homme a toujours cherché à
s'effrayer. Ce petit recueil remet donc beaucoup de choses en
perspective.
Honoré Beaugrand a pétri ses légendes à même
la culture québécoise du XIXe siècle. Elle
dévoile l'âme d'un peuple hanté par des personnages dont
les voyages avaient quelque chose d'intrigant, voire de
dépravé. Rien de mieux que de créer des légendes
pour exorciser sa peur du "dieu des routes". Contrairement à la
production contemporaine qui joint la violence à la peur,
La chasse-galerie s'en tient à une conscience formée
par les craintes de l'enfer exacerbées par un clergé tout
puissant.
En conclusion, l'homme est fasciné par les contes car quelque chose
d'extraordinaire se passe. Extraordinaire en effet, parce qu'il s'agit
bien d'une rupture dans le cours régulier de la vie et de
l'entrée dans un ordre tout à fait différent. Lorsque
le conteur annonce rituellement qu'il va les émerveiller cela
suffit à provoquer un changement radical dans la vie des auditeurs.
Aussitôt tout se tait, tout le visible s'évanouit et chacun consent
d'avance à la merveille.
Je me vois subjuguée par les contes de mon grand-père et je
ressens une vive émotion de chaleur et de magique. Je vous propose cette
lecture de 86 pages (se lit en quelques heures) pour renouer avec le
féérique et le fantastique au tournant de chaque page et vous
initier à certaines facettes de notre histoire.
Note : 4.5/5
(Sereine)
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