Club des rats de biblio-net


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Yves Beauchemin

Le matou
(Québec-Amérique, 2001)

C'est l'histoire d'un jeune Montréalais, Florent, qui rêve de posséder un restaurant, de sa femme Élise, qui rêve d'avoir un enfant, de Monsieur Émile, étrange gamin de 6 ans, qui rêve, lui, de se faire adopter avec son chat, et de bien d'autres personnages, attachants ou inquiétants, comme le vieux Ratablavasky,

Ce livre fait parti de ma liste des incontournables. C'est à lire absolument! Et même à lire plusieurs fois. Personnellement je l'ai lu trois fois.

C'est le livre qui m'a donné le goût de m'intéresser à la littérature québécoise.

Note : 5/5
(Mousseline)
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Florent Boissonneault est un jeune Montréalais qui travaille comme vendeur de disques mais qui rêve de devenir propriétaire d'un restaurant. Il est marié à une charmante jeune femme prénommée Elise qui ne rêve que de fonder une grande famille. Leur couple est uni même si Florent ne dédaigne pas faire quelques écarts de conduite quand l'occasion se présente. Un jour Florent croise la route d'un vieil homme, Egon Ratablavasky, qui décide de l'aider et lui permet de devenir propriétaire de La Binerie, un petit restaurant traditionnel mais très côté. Florent se sent verni, Elise se méfie. Un jour Monsieur Emile, un garçon de 6 ans, déboule accompagné de Déjeuner son fidèle chat roux. Délaissé par sa mère, une danseuse de bar à la jambe légère, alcoolique et voleur, il adopte immédiatement La Binerie et ses propriétaires. Tout va pour le mieux jusqu'au jour où Ratablavasky se met à leur pourrir la vie. Florent et Elise commencent leur descente aux enfers. Ils perdent le restaurant, toutes leurs économies et voient leurs rêves s'envoler. Ils vont tenter de remonter la pente et lutter contre celui qui paraît être le Diable incarné, l'infâme Ratablavasky.

On s'attache vite aux héros et la galerie de personnages secondaires est très fournie: le cuisinier au grand coeur et aux colères titanesques, le journaliste de seconde zone et inventeur raté à ses heures, le prêtre plus porté à lire qu'à dire la messe et à vénérer Gogol que son Dieu. L'histoire est rocambolesque. Trop peut-être pour moi car j'ai eu un peu de mal à finir le livre. Aux environs de la pages 400 je trouvais que l'histoire s'enlisait, qu'elle sombrait dans l'invraisemblable. Mais j'ai persévéré. Le personnage d'Egon Ratablavasky est assez réussi mais je trouve qu'il manque de profondeur. Qui est-il vraiment? Quels sont ses intérêts? On devine à peine ses motivations. Reste le talent d'écrivain de l'auteur, la plume légère et incisive, le conte et le fantastique. Et quel plaisir de découvrir des expressions québécoises.

Note : 3.75/5
(Lhisbei)
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L'histoire: Florent, sur les conseils très appuyés et la protection du vieil Egor Ratablavasky, devient propriétaire du restaurant "La Binerie" de la rue Mont-Royal. Mais ce mystérieux et inquiétant vieillard se retourne contre le jeune homme et sa femme Elise, et commence à les harceler, en leur escroquant tout d'abord leur restaurant maintenant très rentable, au profit d'un anglais Slipskin. Et les problèmes continuent de pleuvoir, et le vieil homme se réjouit au spectacle du jeune couple s'y débattant. M. Emile, 6 ans 1/2, fils de prostituée, et vivant quasiment dans la rue, se réfugie auprès d'eux avec son chat "Déjeuner"....

Mon avis: Il est enthousiaste. Le roman se lit tout seul du début jusqu'à la fin. L'histoire est prenante, foisonnante, l'intrigue dure jusqu'au bout, le rythme est vif, sans temps morts. On ne s'ennuie pas un instant, il y a une masse de personnages tous très bien décrits, avec beaucoup d'humour, de tendresse ou d'ironie. Et le tout reste superbement clair, malgré tous les personnages, malgré toutes les histoires dans l'histoire principale, malgré tous les lieux visités. Et cette langue pleine d'expressions québécoises, si charmante, si imagée, si pleine d'humour. Je me suis attachée très fort à Florent, Elise et leurs amis (ça me rappelait "Ensemble, c'est tout" ou "Dalva" ou "Le prince des marées"), vous savez, c'est le genre de livre où on a l'impression de faire partie de la famille et où on a bien du mal à quitter ses nouveaux amis au moment de tourner la dernière page du livre.

J'ai passé de très bons moments avec eux, même si la fin est un peu triste. Un bon roman très plaisant.

Note : 4.5/5
(Chantal)
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Moi, je vois bien le truc comme ça: Yves Beauchemin se dit, "bon! Braimstroming avec moi-même, qu'est-ce que je vais y mettre, dans ce Matou? Un méchant ambigu et machiavélique, qui passerait son temps à vouloir expliquer ses motivations sans qu'on lui en laisse l'opportunité, de façon à brouiller complètement son rôle... Je mâtine d'un soupçon de surnaturel pour le côté fantastique, un couple sympathique qui serait malmené par la vie, un minot truculent et sale comme un peigne sur qui j'attirerais la fatalité, quelques amis qui vont et viennent, et je situe le tout à Montréal, que je connais bien."

Et hop, aussitôt pensé, aussitôt la plume à la main et le Matou coule d'un jet, sans correction, sans plan, sans construction, comme ça vient à Monsieur Beauchemin.

Et c'est bien ça qui rend le tout unique: roman d'aventure, saga familiale, un côté fantastique indéniable, humour épique, étude sociologique aussi parce que je ne connais personne qui rende de façon aussi naturelle et à la fois précise le côté "franc" des rapports québécois, cette familiarité honnête qui me plait tant.

Alors que dire?... Ben "merci" et "encore!", je ne vois que ça...

Note : 4.5/5
(Cuné)
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C'est un de ces gros pavés dans lesquels on entre facilement, l'auteur ayant un incontestable talent de conteur. Avec une plume fine et légère, il nous fait pénétrer dans la vie de ses héros, gens ordinaires, sympathiques, mais dont la vie est pleine de rebondissements échevelés. Comme Chantal, j'ai pensé à "Ensemble, c'est tout".

Le dualisme "gentils" contre "méchants" est hélas, un peu léger à mon goût; comme Lhisbei, j'ai trouvé qu'à la longue, l'histoire un peu trop "rocambolesque (...) s'enlisait, sombrait dans l'invraisemblable (...) Le personnage d'Egon Ratablavasky est assez réussi mais je trouve qu'il manque de profondeur. Qui est-il vraiment? Quels sont ses intérêts? On devine à peine ses motivations." Et la fin, un peu précipitée, semble bâclée, comme dirait Alexis.

Mais tout ça est compensé par une justesse de ton dans les descriptions psychologiques, et autres.

Ce que j'ai adoré dans ce roman:

- Le ton du récit: humour, tendresse, poésie, fantaisie joviale...

- L'adversité: elle est aléatoire, et peut vous tomber dessus du jour au lendemain, et alors, la déchéance, tellement facile, comme elle peut être rapide, aussi!!!

- L'hiver: il est mordant, féroce et intransigeant, mais réellement à couper le souffle!!!

- Et bien sûr, la Binerie, le restaurant, avec toute la faune qu'elle abrite, tribu d'amitié chaleureuse!

Note : 4/5
(Lassy)
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Le jeune Florent Boissonneault est un représentant pour une maison de disques, mais qui rêve de projets ambitieux. La chance semble lui sourire lorsqu'un étrange monsieur Ratablavasky aux allures de dandy lui offre l'occasion de se porter acquéreur de la célèbre Binerie Mont-Royal au coin des rues Mont-Royal et Saint-Denis. Sa compagne Élise a quelques réticences, mais rien ne peut arrêter Florent qui flaire enfin la fortune. Florent peine de longues heures ardues au restaurant, mais il réussit à conserver la clientèle du restaurant malgré le changement de propriétaire. Pour réussir ce tour de maître, il embauche un de ses amis, le talentueux cuisinier Aurélien Picquot. Ce Français oeuvrait derrière les fourneaux du Château Frontenac à Québec, mais il les a abandonnés suite à une peine d'amour. Il introduit de classiques plats européens à la clientèle du quartier du Plateau, mais le restaurateur leur donne des noms "de chez-nous" pour ne pas effaroucher ses clients qui n'ont jamais vu l'Europe. Le personnel du restaurant se prend aussi d'affection pour Monsieur Émile, un jeune garnement d'à peine cinq ans, mal élevé et qui souffre déjà d'un problème d'alcoolisme. Monsieur Émile ne semble attaché qu'à son chat Déjeuner, mais Élise réussit à l'amadouer par sa gentillesse et sa patience. Il deviendra un habitué du restaurant. Les profits augmentent, et Florent voit l'horizon où il pourra embaucher plus de personnel et leur abandonner une partie du travail, pour profiter de ses profits.

Toutefois, le rêve est trop beau pour durer. Florent s'épuise et ne peut plus travailler. Il abandonne même sa part du restaurant à son associé Slipskin pour une bouchée de pain, de peur d'y laisser sa santé. Mais il réalisera rapidement qu'il a été victime d'une machination diabolique ourdie par Ratablavsky et sa marionnette, Slipskin, pour lui voler tout ce qu'il possédait. Florent cherche à obtenir réparation par la voie judiciaire, mais il se heurte à l'inertie de la police et de la machine légale. N'ayant pas un caractère qui tolère de baisser les bras, il décide que la reconquête du restaurant sera sa mission, qu'il n'aura pas de repos avant d'y parvenir. S'ensuit une série d'aventures abracadabrantes, où l'objectif est toujours de récupérer suffisamment de pécule pour se relancer en affaire et écraser la Binerie Mont-Royal passée à l'ennemi. Sa compagne Élise craint de voir Florent se lancer dans une telle aventure, elle qui rêve d'élever une famille, mais elle appuiera et suivra toujours fidèlement son amoureux. Elle préfère le voir combatif et ambitieux qu'abattu et vaincu. Le couple reçoit d'abord un coup de pouce d'Ange-Albert, un copain de Florent, qui se laisse porter par la vie, jamais angoissé par l'idée du chômage ou de la misère. Florent et Élise renfloueront leur compte de banque par étapes, d'antiquaires à gérant d'hôtel en Floride, par la fabrication de cosmétiques au pamplemousse, puis à nouveau restaurateur en face de La Binerie Mont-Royal. Cette reconquête ne se fera pas sans embûches, car bien qu'ils puissent compter sur leurs amis Ange-Albert et Aurélien, Ratablavasky rôde toujours dans le décor pour empoisonner leurs vies par des traquenards malicieux. Il tente entre autres de les enjôler, de défaire leur couple, de détruire leur établissement... Florent et sa bande tentent de répliquer, utilisant même la manière forte, mais Ratablavasky est aussi insaisissable qu'une anguille, il évite incroyablement chaque piège. Il réapparaît inlassablement, toujours plus acharné. Mais Florent aussi est entêté, et il va persévérer face à tous les obstacles pour se faire justice, devra-t-il se battre avec les mêmes armes que ses adversaires et utiliser des moyens peu honorables.

Ce roman est une fresque captivante, le lecteur tourne avidement les pages pour connaître le dénouement de cette histoire incroyable. En fait, elle manque même de crédibilité, je la qualifierais de conte, car les personnages et les aventures sont tellement rocambolesques, frôlant la caricature. Toutefois, l'auteur dose parfaitement ses effets dramatiques et évite de nous faire décrocher par une trop grande exagération. Le livre comprend aussi de nombreuses touches ultra-réalistes qui équilibrent l'oeuvre. Par exemple, la toile de fond est le Montréal ouvrier du milieu des années 1970 qui se faisait raser par une vague de modernisme qui ne faisait pas dans la dentelle. Maisons et églises, tout y passait pour laisser place à des habitations plus propres, plus efficaces, plus modernes... Les camions de débris et les morceaux de bâtiments circulent continuellement en arrière-plan du récit. L'auteur décrit aussi avec fort détails certains aspects du quotidien de ces besogneux, pour que l'on comprenne bien le milieu dans lequel ils évoluent.

Lorsque j'ai refermé le livre, j'ai ressenti un léger malaise face à ma lecture. J'ai d'abord cru que c'étais l'invraisemblance des péripéties, mais j'ai ensuite réussi à mettre le doigt sur la source de mon malaise : c'était le "message" ou "l'exemple" du livre. Le livre raconte un jeune Québécois bonne poire qui se fait arnaquer par des habitués de la combine (et qui sont un étranger et un anglophone...), mais il réussira à se refaire et à se venger à la sueur de son front. Toutefois, pour ce faire, il doit lui aussi arnaquer son prochain, lorsqu'il devient antiquaire, et ensuite utiliser des méthodes illégales et viles pour vaincre le restaurant ennemi. On pourrait argumenter que Florent combat le feu par le feu, mais d'un autre côté, il s'abaisse au niveau abject de ses ennemis. Lors de la lecture, on s'attache à Florent et Élise et on espère leur succès (et on ne saisi pas bien les motivations et l'acharnement de Ratablavasky), mais les moyens utilisés ne sont pas honorables. Une riche tante de Florent énonce même cette approche :

"- C'est qu'il n'y a pas mille façons de s'enrichir, déclara la tante en plongeant voluptueusement sa fourchette dans la masse crémeuse de pommes de terre qui occupait le tiers de son assiette. Il faut tromper les gens.

Tous les regards se fixèrent sur elle. - Eh oui, je ne m'en cache pas. Je n'ai pas amassé des sous avec une sébile. Allons, ne joue pas à la prude, Lydie, tu sais tout ça aussi bien que moi. Mon mari disait que pour avoir pignon sur rue, il fallait commettre au moins deux vols par jour. Mais ne vole pas qui veut. Cela prend de l'habileté... et de la persévérance." (p. 272)

L'argent est le Graal de ce livre. Longtemps le Québec était à la merci de puissants (étrangers, Église...), sans ambition, se contentant de ce qu'on lui laissait. Il n'a découvert la fibre entrepreneuriale que récemment, sauf que ce "talent" de la tromperie dans les affaires s'est fortement développé et est maintenant trop bien maîtrisé par de nombreux commerçants, qui s'enrichissent non pas dans le respect du client, mais plutôt à ses dépends... Le livre dépeint aussi les Québécois peu ouverts et gagne-petits : ils craignent les plats aux noms "exotiques" c'est-à-dire français, suggèrent à Aurélien Picquot de rentrer dans son pays, ne recherchent qu'à gagner un peu d'argent par n'importe quel moyen possible, etc.

Le livre a eu vingt-cinq ans dernièrement, mais j'ai cru lire un Montréal d'une autre ère. J'ai un peu plus que l'âge du livre, mais le décor peint s'approchait plus de celui de "Bonheur d'occasion" qu'à celui de mes souvenirs. Cependant, je me suis ensuite souvenu que, dans certains quartiers de cette ville, on peut effectuer un voyage dans le temps. Lorsque j'ai habité un certain quartier de Verdun en 1997, je me sentais retourner vingt ans en arrière, bien que je pouvais apercevoir des gratte-ciels au bout de la rue. En 1976, le Plateau était tout le contraire d'un quartier branché et d'avant-garde.

Somme toute, je vous recommande fortement ce livre, mais attendez-vous à un dépaysement. Ces trente années ont bien changé Montréal et le Québec.

Note : 4,5/5
(Le-réaliste-romantique)

p.s. Mais l'auteur insère un personnage qui tranche avec cette faune : un cousin vicaire lunatique, mais follement passionné par la littérature. Tous le trouvent bizarre, mais par ses goûts et ses discussions littéraires, il permet à l'auteur de parler des oeuvres qu'il aime. Ce personnage saugrenu est une porte ouverte pour rattacher "Le matou" à d'autres textes littéraires.







Charles le téméraire I,
Charles le téméraire II,
Le matou,
Juliette Pomerleau,
Le second violon,
Les émois d'un marchand de café

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