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John Banville

La mer
(Robert Laffont, 2007, 246 pages)

Booker Prize en 2005, ce livre permettra-t-il enfin de faire connaître John Banville? C'est tout le mal que je souhaite pour cet écrivain pas toujours facile d'accès. Pour l'anecdote, John Banville fut finaliste du Booker Prize en 1989 avec son roman "Le livre des aveux". "Les vestiges du jour" de Kazuo Ishiguro fut couronné. En 2005, les deux auteurs étaient encore finalistes, l'un avec "Auprès de moi toujours", ce fut John Banville qui fut couronné pour ce roman.

Max, suite à la mort de son épouse Anna, revient au bord de la mer, là où quelques cinquante ans plus tôt, il était venue passer des vacances et avait fait la connaissance de la famille Grace qui, pour lui enfant pauvre, étaient "Les Dieux". Que vient-il chercher ici? L'oubli, tenter de chasser de sa mémoire la mort d'Anna et son souvenir. Cherche-t-il à s'éloigner de sa fille Claire, avec qui il n'a plus grand chose en commun, mais qui s'inquiète pour lui?

Comme dans un puzzle où les époques se croisent sans suite apparente, l'auteur à petites touches nous fait découvrir l'envers du décor de la vie de Max. Fantasmant sur Mme Grace, il rentre dans leur intimité, se lie d'amitié avec les enfants. Il participe à des piques-niques familiaux, découvre les usages et travers de chacun. Il côtoie enfin Mme Grace, cherchant une promotion sociale ou tout simplement une famille.

Les affres de l'adolescence ressurgissent-elles plus tard dans la vie d'un homme, à l'heure du bilan?

Max travaille dans le monde de la peinture, ce qui n'est pas rare dans l'oeuvre de Banville. Anna son épouse, ombre agonisante, semble passer dans ce récit, comme une morte en sursis. Claire, sa fille, a abandonné ses études au Beaux-Arts. Inquiète, elle aimerait qu'il vienne avec elle, lui la considère avec mépris comme une "Basbleu".

La famille Grace, "les Dieux" : la mère Constance (Connie), le père Carlo, les jumeaux Chloé et Myles le garçon muet et Rose la gouvernante, est pour les sentiments qui les lient une énigme pour Max, lui l'enfant solitaire. Que de souvenirs cinquante ans plus tard dans cette maison que la famille Grace habitait et qui est devenue une pension de famille. Mais la vie ne s'inverse pas, les événements passés sont autant de plaies que de questions.

Une écriture qui ressemble, et de ma part, c'est un compliment, à celle de John McGahern dans "Pour qu'ils soient face au soleil levant".

Un vocabulaire précis et riche pour une histoire se déroulant sur un rythme apparemment lent, le début peut paraître monotone, mais est, je pense, nécessaire pour la mise en place de l'histoire et des personnages. Un très beau roman.

Pour l'anecdote, Claire, la fille de Max, suit les cours des Beaux-Arts en étudiant un peintre Vaublin! Hors ce même peintre était déjà mentionné dans un autre roman "Le monde de l'Or".

Extraits :

"Le passé cogne en moi comme un second coeur."

"Un rêve voilà ce qui m'a attiré ici."

"Je pensais à Anna. Je m'oblige à penser à elle, j'en fais un exercice."

Note : 5/5
(Eireann)








La mer,
Le livre des aveux,
Le monde d'or,
Athéna,
Eclipse,
La lettre de Newton



Né à Wexford, en Irlande, en 1945, John Banville vit actuellement à Dublin. Son oeuvre, depuis son premier livre, "Long Lankin", publié en 1970, a été salué par toute la critique et récompensée par de nombreux grands prix littéraires, dont le James Tait Black Memorial Prize en 1976 pour "Docteur Copernicus", le Guardian Fiction Prize en 1981 pour "Kepler", et le prix de la Fondation Lannan pour l'ensemble de son oeuvre.



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