Lady Oracle
(L.G.F., 2005, 508 pages)
Il ne m'a pas été aisé de faire la critique de ce livre, non
pas que je ne l'ai pas aimé ni qu'il n'y en avait rien à en dire :
c'est simplement qu'il est tellement foisonnant que l'entreprise m'a pris un peu de
temps...
Le roman de Margaret Atwood débute au moment où Joan, s'estimant
écrivain de seconde zone parce qu'elle écrit, sous pseudonyme, de
gentilles bleuettes et s'enlisant dans son mariage (Arthur, son gentil mari ignore
et son passé difficile et son activité d'écrivain),
décide de mettre un terme à son existence en ayant recours à
un rocambolesque scénario. Elle est en effet usée par tous ses
mensonges et par sa double, voire sa triple vie. Une fois arrivée en Italie,
Joan se rend compte que le passage à l'acte est loin d'être
évident, même lorsqu'on est un auteur qui a l'habitude de malmener ses
personnages dans des intrigues tarabiscotées.
Dès lors, on suit Joan dans le récit de son existence. Se
succèdent donc : son enfance et son adolescence (dominées par ses
problèmes de poids, ses rapports houleux avec sa mère, ses
problèmes relationnels) puis sa vie de femme et la naissance de son
activité d'écrivain.
Joan étant dotée d'une bonne dose de lucidité et
d'ironie, ce roman n'est ni ennuyeux ni sombre. Au milieu de tous ses soucis, deux
personnages marginaux font sourire : la fameuse Tante Lou et le non moins fameux
Porc Epic Royal (amant de Joan et artiste loufoque rafraîchissant).
Donc au final : une Joan terriblement humaine et savoureuse et une galerie de
portraits finement ciselés.
Je reproduis ci-dessous le premier paragraphe :
"J'avais planifié soigneusement ma mort; pas comme ma vie, dont les méandres défiaient
mes faibles tentatives de contrôle. Ma vie avait tendance à
s'éparpiller, à s'avachir, à dessiner autant de volutes et de
festons qu'un cadre de miroir baroque, car je suivais la ligne de moindre
résistance. Je voulais que ma mort, par contraste, soit nette et simple,
sans exagération, même un peu sévère, comme une
église de quakers ou la petite robe noire toute simple portée avec un
seul rang de perles, si vantée par les magazines de mes quinze ans. Pas de
trompettes, pas de porte-voix, pas de paillettes, pas d'inconsistances, cette fois.
Le truc consistait à disparaître sans laisser d'autre trace
derrière moi que l'ombre d'un cadavre, une ombre que tous prendraient pour
une solide réalité. A première vue, je croyais avoir
réussi."
note: 4.5/5
(Laureline)
|