La Route de Bulawayo
(Éditions Hurtubise, 2003)
C'est un récit de voyage. L'auteur, Philippe Aquin, et son ami Nours, un Breton, sont
en Afrique du Sud à Johannesburg. De là ils projettent d'aller voir l'océan
Indien en passant par Bulawayo.
Tiens parlons de l'aspect négatif pour commencer. L'écriture, c'est pas fort.
Philippe Aquin a un humour insupportable, le genre de gars qui se croit drôle mais
finalement c'est "niaiseux". De plus il emploie plein d'expressions ou de jurons québécois et ça
fait dur, par exemple "Sainte Nitouche", "Saint Simonac", "Sainte Pitoune"...
vraiment désagréable. Sans compter toutes les expressions
anglophones qu'il utilise. Bref c'est pas fort.
Heureusement son récit sauve le livre. En tout cas j'ai trouvé son histoire
pas mal intéressante. Les deux amis vivent différentes aventures.
Ils sont bloqués pendant longtemps dans un petit village de la savane et ce en
période de sécheresse. Ils font une partie du voyage avec des italiens. Nours tombe
en amour avec une indigène qui lui refile une maladie vénérienne et etc. Le récit
est chouette. Il décrit les choses ou les gens avec juste assez de détails.
Mais je ne vous le suggère pas, l'écriture est trop insupportable. Et il y
a sûrement mieux dans le genre. Mais bon comme je m'intéresse beaucoup à
l'Afrique je ne regrette pas vraiment de l'avoir lu...
Note : 3/5
(Mousseline)
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Sujet: L'Afrique profonde
Philippe Aquin, le fils d'Hubert, vient de faire publier La Route de Bulawayo, son
premier roman. Ce coup d'envol est une réussite. Le lecteur est invité à
suivre l'auteur ainsi que son copain Nours, un Breton établi à Trois-Rivières, au fin fond de
l'Afrique australe. Ils partent donc en train de Johannesburg en Afrique du Sud à
destination de Bulawayo, une ancienne ville importante de la Rhodésie, devenue le
Zimbabwé. L'oeuvre n'est pas axée sur la réalisation de ce projet,
mais sur ce que ces deux voyageurs vont découvrir.
En cours de route, ils feront la connaissance d'un peuple qui sacrifie encore des humains
pour s'attirer la bienfaisance des dieux, ils fraterniseront avec des sorciers que les
chefs de tribus supplient pour qu'il pleuve, ils rencontreront une femme attachante qui
refilera sa maladie vénérienne à Nours, ils s'instruiront sur
l'incidence de la colonisation qui a dépouillé les noirs de leurs terres en
échange des prières des missionnaires.
Mine de rien, l'auteur raconte tout ce que vivent ces peuples du coeur de l'Afrique. Et
le temps qui passe ne change pas le cours de l'histoire comme le prouve un livre de
Livingston écrit au dix-neuvième siècle que Philippe Aquin cite
abondamment. Si l'Occident vit une période de mutation, l'Afrique connaîtra
l'immuabilité à moins qu'on réussisse à véhiculer notre
culture criminelle, comme le démontre l'assassinat de la pharmacienne qui a fait
découvrir l'âme africaine aux deux voyageurs.
Le roman touche à l'essentiel sans dériver vers l'anthropologie ou la
sociologie. L'oeuvre conserve son aspect romanesque et se donne même à
l'occasion des accents humoristiques adolescents, révélant l'appartenance de
l'auteur à la culture québécoise.
Note : 4.5/5
(Polo)
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Des diamants bruts : Une poétique africaine
Un récit de voyage au trente-sixième degré, avec à la fois l'aspect
de verre dépoli d'un premier roman, avec sa poétique rugueuse et une attitude
passant du cynique au happy-go-lucky, La Route de Bulawayo n'ignore en rien
l'écriture de voyage et le lourd passif des tentatives précédentes parfois
handicapantes dans leur gloriole, pour même tenter le genre (songez seulement
à Rimbaud, à Nerval, et autres poétiques/récits de voyage, et
oubliez toute idée d'en écrire un). Pas de rêveries, point de poncifs de
voyages ici - au contraire, par son existence même, ce récit en est la critique.
Il ne s'agit pas d'un livre pour écrivains pourtant. L'auteur a assimilé le
passif et parie sur son authenticité parfois incongrue, car complexe, d'anthropologie
poétique et de perte de toute illusion de l'homme blanc en Afrique.
Loin de "L'Invitation au voyage" des dix-neuvièmistes, il ne s'agit pourtant pas d'un
roman postmoderne non plus. La voix narrative passe de la pitié à la tendresse
au dégoût. Le Transvaal est bien sec d'autre chose que de bière et de
spéculations sur les contemporains, plutôt que sur la
nature. Le zoo, c'est ici, dans les bars qu'on le retrouve, de Johannsburg aux peines et aux
pays perdus. Bien que la civilisation soit souvent bien moins civilisée que la brousse,
le bushveld, comme on le dit là-bas.
Pourtant, le travail éditorial boîte, le rendu de la justesse de l'anglais a été
mis en guillemets irritants pour le lecteur, ce qui n'était pas le cas du premier
manuscrit (probablement pas perdu, celui-ci, en observant la précision coupante des
dissections de l'écrivain proche d'un regard obsédé sur le monde). La
conclusion d'une noirceur moins noire que grise est optimiste pourtant, dans l'appel même
à "l'adoption" du narrateur. Cela est surprenant d'un récit humoristique d'un
humour gris, qui souvent rappelle Bukowski et parfois Gombrowicz.
Il reste que pour le roman, l'humain est un loup. Pire, un prédateur. L'Afrique, loin
des étoiles, ce "trou noir quadrillé de satellites". Le récit est porté
par ce regard original, sans posture, par la poétique, plus que par l'aventure. Et nous
connaisons bien la chanson: "plutôt que l'écriture d'une aventure, l'aventure de
l'écriture", les post-modernes et oulipiens nous l'ont bien assez dit. Et pourtant, cet
auteur prometteur ne tombe pas dans les vieux pièges d'autres érudits.
"Ecrire l'Afrique" résonne bien souvent comme une plainte dans cette nuit.
Pourtant, le récit réussit son pari difficile d'écrire sur le voyage en
restant justement ce diamant brut, la roche restée dans la poche du narrateur,
justesse de ton et d'observation de la faune humaine, parmi quelques maladresses de premier
roman, nécessaires pour en "promettre", comme on dit, un autre.
Yebo, Monsieur Aquin, nous attendons la suite. La saga continue?
Note : 4.5/5
(Ann Marie Simard, Hull/Canada)
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