Je n'ai pas peur
(Je n'ai pas peur)
Superbe roman, qui nous conte l'été des neuf ans de Michele,
sous une chaleur écrasante, dans le petit hameau d'Acqua Traverse,
au Sud de l'Italie, en 1978.
Même s'il n'est composé que de quatre maisons, ce hameau est le
lieu de rencontre d'une troupe d'enfants, avec ses rivalités, ses
jeux de pouvoir et ses codes. Suite à un pari entre les gamins, qui
jouent à se faire peur et ont décidé d'espionner un
voisin isolé qui jetterait des chiens à ses féroces
cochons, ils découvrent une maison abandonnée dans une faille,
et mettent Michele au défi de la traverser.
Celui-ci, y découvre dans la cour, à l'insu de tous, un trou
où gît un enfant de son âge, nu et enchaîné.
Terrorisé, Michele le croit mort, et garde le secret. Mais une
visite nocturne va lui permettre de faire connaissance avec le jeune
captif. Pourquoi tient-il des propos incohérents, que fait-il
là, et à cause de qui?
Michele, qui n'a jusque là été confronté qu'à ses
peurs d'enfants va découvrir peu à peu la dureté et les
horreurs d'une réalité qu'il ne sait pas maîtriser.
Très beau récit, l'auteur parvient à merveille à
nous faire entrer dans la peau d'un gamin de neuf ans, avec son
imaginaire, ses difficultés à se faire prendre au
sérieux, sa conscience morale qui s'éveille, car il se sent
responsable du petit otage. On voit au travers de ses yeux d'enfants
tous les monstres qui le guettent.
La noirceur et le malaise planent tout au long du récit, qui m'a
cependant déçu dans son issue, parce qu'à mon sens, il
n'y a pas de véritable fin. Et ce genre d'histoire le
mérite.
Note : 4.5/5
(Nirvana)
**********
Quelle fin! Un brin attendue, peut-être, mais tout de même une fameuse gifle.
Tout au long du récit, je me suis attachée à ce petit garçon
quelque peu désobéissant, partagé entre les réflexions
d'adultes et son monde enfantin. Ce n'est pas un gamin parfait, il est curieux, il
a ses craintes de petit et ses faux airs de grand... un vrai beau personnage que
Ammaniti a dessiné là.
Et puis il y a l'horreur, la découverte d'un univers qui s'écroule,
d'une confiance qui jamais plus ne pourra exister. L'auteur ne se perd pas dans des
détails sordides, il maîtrise cet art qui consiste à dire tout
en très peu de mots; c'est sans aucun doute un des points forts de ce roman,
ce côté "droit au but" qui fait mal. Parce que la douleur est
là, grandissante, jusqu'au bout. On se met à la place de cet enfant
qui lutte intérieurement contre toutes sortes de démons, on voudrait
que les choses changent, que rien ne se soit passé... mais non, tout est
là.
J'ai aussi apprécié la misère humaine et sociale telle que
Niccolo Ammaniti la décrit, par le prisme d'un village perdu et d'habitants
aigris, désoeuvrés, vivant avec le sentiment d'être les
oubliés de la vie.
Un très beau roman que je ne peux que conseiller. L'écriture est
fluide et agréable.
Note : 4.5/5
(Sahkti)
|