Les Sangsues, suivi de : Le pain - La folie de Salim - Les Thermes du
Bon-Dieu
(Actes Sud - Papiers, 2002, 247 pages)
Abdelkader Alloula, dramaturge algérien apprécié et directeur
d'un théâtre jouant en langue arabe (dialectale le plus souvent), a
été assassiné à Oran en mars 1994.
Actes Sud a réuni quatre de ses pièces dans ce volume admirablement
traduit par Messaoud Benyoucef, qui ne s'est pas contenter de traduire mais a
également doté l'ouvrage d'un appareil critique très
intéressant, profitant des notes de traduction pour nous en apprendre bien
plus sur l'auteur, son écriture et son parcours littéraire et
artistique. Les textes ont été écrits en 1969 et 1975 et sont donc
antérieures aux autres pièces de l'auteur déjà
publiées chez Actes Sud ("Les Généreux", "Le voile" et "Les
dires").
Alloula est critique à l'égard de l'Algérie, son pays. Un pays
dans la tourmente, une société qui se cherche. Il l'évoque
avec beaucoup d'ironie et de grincement et attaque la bureaucratie avec virulence.
"Les sangsues" présente une administration étatique corrompue au plus
haut point, le désordre finit par s'installer et à l'issue d'un
conflit en règle, des protagonistes doivent être emprisonnés
mais, et c'est là qu'Alloula déploie toute sa verve caustique, il
détourne la situation pour inverser les rôles et montrer que ce sont
peut-être les comédiens qui vont être emprisonnés pour
avoir osé critiquer le régime.
"La faim" dénonce tout autant un système pourri. Un écrivain
public tente de retracer les origines de la faim et les remèdes à y
trouver. Autant dire que cela n'est pas bien vu!
"La folie de Salim" est un monologue par moments halluciné, dans lequel un
homme, profondément amoureux de la fille de son directeur, invente un autre
monde et donne la parole à des chiens.
"Les Thermes du Bon Dieu" s'en prend à la réforme agraire mise en
place en algérie. Grinçant à souhait.
Quatre textes à découvrir en gardant à l'esprit que leur
auteur est mort pour les idées qu'il défend à travers ces
lignes.
Note : 4/5
(Sahkti)
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