Peau
(Balland, 1999, 298 pages)
Le droit de vivre sa vie!
J'ai ce livre depuis plusieurs mois dans ma bibliothèque. Je n'ai lu aucune
oeuvre de cette auteur, alors tentons le diable et sortons des sentiers battus.
D'habitude je commence par les oeuvres, puis je m'intéresse à
l'auteur, ici sera exactement le contraire.
Ce livre est une suite d'essais regroupés en un volume. Dorothy Allison
parle de sa vie. Son enfance pauvre, sa mère âgée de 15 ans et
un mois à sa naissance, la mort de son père, le remariage de sa
mère. La pauvreté endémique, le départ pour la Floride
qui n'arrange rien, le beau-père qui cogne et qui ne se prive pas
d'attouchements et même plus. Le monde ouvrier, son monde, sa famille
misérable et donc peu instruite. Elle seule, sortira du lot et fera des
études. Elle a vu son cousin faire de la prison, mais l'autre adolescent,
fils de riche, rester libre. Puis viendra le temps de la découverte de la
sexualité, enfin l'homosexualité dans son cas et son militantisme,
souvent à contre courant.
A l'âge adulte, les tentations du suicide, l'envie de tuer son
beau-père et les chagrins d'amour seront le reste des épreuves
à subir. Avec la révélation que les enfants martyrisés et violés
ne viennent pas uniquement des milieux les plus pauvres.
Puis vient le temps de la littérature, lesbienne ou autre, et après
toutes ces épreuves vient le temps de se quitter, du moins pour l'instant.
Dorothy Allison en elle-même, personnage aux multiples facettes, qui paraît
souvent perdue dans ses contradictions.
"Comment pouvais-je être issue de la classe ouvrière et avoir un Deug?
En étant une lesbienne activiste?"
Être instruite, mais de condition très modeste, être lesbienne
mais de la classe ouvrière et en plus venant du Sud profond où les femmes
sont souvent enceintes avant leurs dix-huit ans. Quelques phrases de l'auteur
résumeront mieux sa vie que tout ce que je peux en dire :
"J'ai grandi dans la pauvreté, la haine, victime de violences physiques,
psychologiques et sexuelles, et je sais que souffrir ne rend pas noble. Cela
détruit."
Il me reste maintenant à découvrir l'auteur, mais certainement avec
un regard différent. Je pense que "L'histoire de Bone" sera, quand j'aurais
pris un peu de recul ma première lecture de Dorothy Allison.
Cette femme mérite un grand coup de chapeau pour avoir su s'imposer,
malgré tous ses handicaps comme une écrivain reconnue.
On ne sort pas indemne de la lecture de ce livre, loin s'en faut. Certains passages
ressemblent à de la pornographie de mauvais goût, mais la provocation
chez les gens de talents ne me dérange pas.
A noter que le titre original est nettement plus explicite.
Extraits :
"Le besoin de rendre mon monde crédible pour des gens qui ne le connaissent
pas constitue en partie la raison pour laquelle j'écris."
"Nous mourons si facilement, disparaissons si sûrement-nous/eux, les pauvres
et les homosexuels."
"Le bon droit, je leur ai dit, c'est de se sentir "nous" plutôt que "eux"."
"Je crois en la vérité. J'y crois comme seule une personne à
qui on l'a refusée peut y croire."
Note : 4/5
(Eireann)
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