Retour à Cayro
(10/18, 2000, 541 pages)
Dix ans auparavant, Delia a abandonné ses deux filles pour suivre un groupe de rock.
Elle a fait carrière comme chanteuse et a connu un certain succès. Mais
l'alcoolisme et un conjoint absent ne l'ont certes pas aidé à oublier son passé.
A la mort de Randall, elle décide de rentrer chez-elle avec Cissy, sa troisième fille,
à Cayro, un bled paumé en Georgie. Elle s'attendait à ce que ce soit difficile, mais
pas à ce point, les habitants de Cayro n'ont pas oublié la femme qui a laissé tomber sa
famille. Oh bien sûr, son mari l'a battait mais ça ne compte pas après ce qu'elle
a fait. Les bien-pensants lui font la vie dure et elle attend le moment où elle
pourra parler à ses filles mais d'abord est-ce que les filles ont envie
de connaître leur mère...
Avec Dorothy Allison on découvre la vie dans une petite communauté du Sud des Etats-Unis
avec son lot de convenances, les vieilles bigotes, les églises, les commères, le
conflit de générations, la violence conjugale, l'alcool qui coule à flot. Les personnages féminins sont
superbes, ce sont des femmes courageuses, têtues, chacune à sa manière se bat pour survivre à la violence
ou à l'abandon des hommes, pour certaines le refuge est la religion, pour
d'autres le rêve, d'autres le travail, d'autres la délinquance. Les hommes dans ce
roman sont tous des salauds ou presque. Beaucoup d'émotions mais en même temps
une certaine froideur ou un trop grand sérieux probablement parce que
les relations entre les personnages sont difficiles.
Dans la première moitié le rythme est plus rapide ou plutôt il y a plus de péripérites,
par la suite on se laisser emporter doucement à suivre les allées et venues des plus
jeunes des personnages : Amanda qui ne jure que par la religion et qui condamne aux enfers
tous ceux et celles, surtout les "celles" de sa famille qui ne suivent pas la voie
chrétienne. Dede, un peu délinquante, effrontée, une fille
drôlement attachante qui a peur de l'amour. Cissy qui
cherche un but à sa vie et ne semble qu'à son aise dans les profondeurs de la terre...
Nolan, le faiseur de biscuits, plutôt mollasson, un grand clarinettiste mais
sa plus grande passion, celle qui donne un sens à sa vie c'est Dede... Et il y a
toujours Delia, MT, Rosemary...
Ça manque de punch, d'allant, de pétillant à un moment donné et puis ça reprend. Un peu longuet
les expéditions de Cissy dans les cavernes, peut-être parce que je ne me sens pas
vraiment attirée par ce type d'activités ou plutôt que l'auteur relie les
sensations éprouvées par Cissy à Dieu et c'est un blabla à n'en
plus finir.
Ce n'est pas un roman qu'on dévore mais qu'on reprend avec plaisir après une
interruption.
Ce n'est pas le livre qui ferait partie d'une liste top 10 mais
c'est une très belle histoire qui nous fait découvrir la vie d'une famille dans
le Sud des Etats-Unis. Je ne me suis pas attachée énormément aux personnages, mais
bien loin d'être restée indifférente. Et comme bien souvent dans les romans américains j'ai
envie de découvrir la région dont on parle, ici la Georgie.
Plus je lis de la littérature américaine, plus je saisis les différences entre
les auteurs de régions différentes, ou similitudes,
par les thèmes abordés surtout et la vie et caractère des personnages. C'est
passionnant.
Bref, un roman bien plus que recommandable. Je suis très contente d'avoir découvert
Dorothy Allison et je me promets bien de lire "L'histoire de Bone".
Note : 4,25/5
(Mousseline)
|