Falaises
(Editions de l'Olivier, 2005, 206 pages)
C'est le vingtième anniversaire de la mort de sa mère. Olivier,
narrateur de cette triste histoire, passe la nuit sur le balcon d'une chambre
d'hôtel à Etretat. Face aux falaises, il ressasse ses êtres
perdus auxquels il s'est attaché toute sa vie. Pourquoi aujourd'hui lui est
toujours en vie, même si parfois il était plus proche d'être
"mort vivant"? Peut-être son amour pour sa femme Claire et leur petite fille
Chloé. Mais à bien y repenser, sa mère, son frère ou
ses petites copines avaient matière à s'attacher à quelqu'un,
lui en l'occurence, mais cela ne les a pas empêchés, les uns et les
autres, de lâcher prise et de tout quitter. Aussi, à partir du
souvenir de cette mère qui se jette depuis les falaises d'Etretat, Olivier
tente de reconstruire ses souvenirs, plus sous forme de "moments volés,
d'irruptions". Car toute son histoire, finalement, n'est qu'une suite de
polaroïds - des bouts d'enfance, d'adolescence et d'apprentissage d'une vie
trop tôt saccagée.
Alors que je m'habitue au style écorché d'Olivier Adam, je suis
très touchée par ce roman. "Falaises" est semblable et
différent du reste, se met-il en scène dans celui-ci? J'ai ce
sentiment troublant qui n'a cessé d'enfler. Du moins, l'ambiguité
est omniprésente et cela trouble la lecture. On s'y attache
différemment, l'oeil plus ému de deviner un puzzle qui se constitue
et façonne une existence mélancolique et ravagée. Beaucoup de
disparitions, de pertes, de larmes et de chagrins qui se noient dans l'alcool...
Aussi, Olivier Adam réexploite quelques pistes déjà parues
dans ses romans pour la jeunesse: la perte d'un ami au sein du groupe ("La messe
anniversaire"), Lorette l'adolescente mal dans sa peau ("On ira voir la mer"), et
la maman dépressive qui part seule la nuit caresser les arbres ("Sous la
pluie"). Finalement, ce roman c'est une peau de chagrin - à la fois
dépouillé, transparent mais quelle tristesse! Et quand le narrateur
affirme "je n'ai pas d'enfance" et que tout est "logé ailleurs", le coeur
s'emballe et puis je suis soulagée par l'issue du récit. Toutefois
j'attribue un point en moins pour le chapitre avant la fin, celui de son passage
sous les toits de Paris. Je n'ai pas trop aimé, ça ne s'explique
pas. Mais au-delà je me suis plongée dans une lecture
désespérante mais attachante, triste mais belle. L'auteur a ce
talent et ça me plaît.
Extrait :
"J'ai trente et un ans et ma vie commence. Je n'ai pas d'enfance et,
désormais, n'importe laquelle me conviendra. Ma mère est morte et
tous les miens s'en sont allés. La vie m'a fait une table rase où
Claire et moi nous nous asseyons, où Chloé s'est invitée, un sourire très doux au coin des lèvres.
J'ai trente et un ans et ma vie commence ainsi, perdue dans la nuit maritime.
Derrière moi, à peine plus concrètes que des ombres, moins
denses qu'un peu de fumée, Claire et Chloé me regardent, la plus
petite au creux des bras de la plus grande, toutes deux figées dans le
silence de la chambre d'hôtel. Claire me sourit puis se rendort, et leurs
respirations se confondent."
Note : 4.5/5
(Clarabel)
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Plus Olivier Adam écrit des choses graves et sensibles, plus la lectrice
aime. Il raconte le suicide de sa mère à Etretat. La violence de
son père qui ne sait pas aimer ses enfants. La disparition de son
frère aîné. Une adolescence matinée d'une grisaille
banlieusarde et de filles compliquées.
Mais au lieu d'enfoncer la lectrice dans un no man's land semé de Kleenex
humides, Olivier Adam amorce une puissante remontée vers la lumière
et on le suit tel un poisson pilote grisé. Oui, il parle de douleur, de
mort, de cicatrices, de regrets, mais il parle surtout d'amour, de renaissance et
d'espoir avec un talent qui lui est propre.
Note : 4/5
(Arti)
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J'avais lu "On ira voir la mer", il y a déjà longtemps, depuis
j'avais rangé cet auteur dans un coin de ma tête. Jamais
indifférent à ses livres, mais jamais fan non plus. Et puis arriva
"Falaises". Dévoré en quelques heures.
Et Olivier Adam est devenu mon nouvel ami.
J'en suis sorti tout retourné. Ravagé. Par la poésie du verbe,
d'abord. Olivier Adam a une écriture limpide et chaotique, les mots
s'entrechoquent, dans une mélodie aussi mélancolique
qu'envoûtante. J'avais lu ici ou là qu'il s'agissait d'un livre
sombre, déprimant... que nenni! Ce sont bel et bien des flots de vie qui
coulent dans les pages de ce livre. Bien sûr la tristesse est
omniprésente, le style écorché, l'histoire pesante...
mais... en fait je ne trouve pas le mot juste. Contrairement à Adam. Ce
livre, cet auteur, sont pour moi un mystère. Amour, mort, solitude,
dépendance, adolescence douloureuse, mémoire qui saigne encore...
voilà des thèmes universels, fondamentaux, évoqués
seulement quelques millions de fois dans quelques millions d'époques par
quelques millions d'écrivains. Comment, en 2005, peut-on encore
écrire une telle histoire sans jamais sombrer dans le déjà-vu?
Je ne sais pas. Je ne sais pas comment il a fait, mais Olivier Adam a réussi
son numéro d'équilibriste. Pour arriver (me semble-t'il) à un
constat : mieux vaut peut-être avoir une vie douloureuse qu'une vie vide.
Peut-être que son secret, finalement, c'est juste le talent. La passion et le
feu sacré. Peut-être que ce type est juste un fabuleux poète.
Je n'en sais rien en fait - et finalement ce n'est pas si important.
La seule chose dont je suis sûr, c'est que "Falaises" est assurément le plus grand
livre de cette année 2005 qui s'achève doucement (livre parfait pour
la saison d'ailleurs)... pas de doute, on vit vraiment dans un monde bizarre...
parce que le Goncourt, bien sûr, c'était lui et personne d'autre.
Note : 5/5
(Thomas)
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Un soir, un homme, accompagné de ses deux fils, va chercher son
épouse, qui sort d'un hôpital psychiatrique où elle a
séjourné plusieurs semaines. Puis il emmène toute la famille
à Etretat pour quelques jours de vacances. Une nuit, la mère se
suicide en se jetant du haut de la falaise. Après ce décès,
toute la famille plonge dans une nuit glaciale. Vingt ans après, le plus
jeune fils retourne sur les lieux du drame pour interroger le passé et
tâcher de comprendre.
Je n'ai pas du tout aimé ce livre. Je ne prétends pas que ce soit un
mauvais livre, mais pas du tout un livre pour moi...
Dès les premières lignes, j'ai détesté le style de
l'auteur : froid, précis et minutieux. J'ai été
gênée par cette histoire qui dérive entre présent et
passé : beaucoup de retours en arrière, parfois dans des
époques différentes. Je déteste ce parti pris de citer des
personnages qui n'ont pas encore été présentés au
lecteur. Exemple page 71 : "Durant de nombreux mois après la mort de
Léa, j'avais renoncé à toute activité". Qui est
Léa? Il faudra attendre la page 152 pour le savoir.
Mais surtout je n'ai vu dans ce roman qu'une accumulation de listes et une liste de
clichés, tant dans le style ("j'avais l'impression que le moindre geste
brusque pouvait la faire se briser comme du cristal sur le marbre") que dans
l'histoire. Depuis le portrait de la mère qui s'ennuie, coincée dans
sa vie de femme au foyer, en passant par l'adolescence qui se traîne dans une
banlieue lugubre entre alcool, drogue, sexe et musique, jusqu'à la vie du
narrateur dans une chambre de bonne parisienne entre un voisin serbe orthodoxe qui
picole, un voisin russe serveur dans un restaurant (on se croirait dans un roman de
Nina Berberova!), une voisine espagnole et paranoïaque, et la fille du
propriétaire (la fameuse Léa) dont la grand-mère est (bien
entendu, comment eut-il pu en être autrement?) morte à Auschwitz.
Et que de malheurs dans la vie de ce jeune homme : après le suicide de la
mère, le père devient haineux : haine du bruit, du mouvement, de la
jeunesse, de l'étranger, de la vie, quoi. Ses fils, qui le craignent passent
leur temps ensemble sans pour autant se parler beaucoup. Il y a les copains :
Nicolas, qui se tire une balle dans la bouche à seize ans, Lorette qui
devient anorexique. Alors, plus tard, les garçons fuient le foyer familial :
Antoine devient marin et fait le tour du monde (quelle imagination!), Olivier
atterrit à Paris où il devient alcoolique, écrit des romans,
tombe amoureux. De Léa, qui se suicide dans sa baignoire. Pas de chance.
Le mystère n'est pas qu'Olivier ait réussi à survivre mais
qu'il ait réussi à rencontrer une fille normale (ni alcoolo, ni
anorexique, ni suicidaire) qui va le porter à bout de bras pour lui
permettre de vivre enfin à nouveau. Donc la vie d'Olivier est brisée
à la mort de sa mère et c'est une autre femme qui lui redonne le
goût de la vie, vingt ans plus tard...
Ce roman est avant tout un roman sur l'incommunicabilité. Un livre sans
dialogue quasiment puisque personne ne se parle. Le père ne parle pas avec
ses fils, se contentant de leur crier après, les deux frères ne se
parlent pas, ils boivent avec leurs copains en écoutant de la musique mais
sans se parler, ils baisent avec leurs copines mais sans leur parler. Personne ne
sait rien de personne. Da sa mère, Olivier dit qu'il n'a jamais rien su; de
son père, il dit qu'il n'a jamais rien su, de Lorette, sa première
petite amie, qu'il ne savait rien. Rien non plus de Léa et de son
désespoir. Quant à Claire, le femme de sa vie, ce n'est qu'une
silhouette, à peine esquissée.
Une bien noire vision de notre monde moderne.
Un extrait (qui m'a particulièrement agacée) : "C'était
Paris, mais cela n'y ressemblait pas, du moins c'est ce que je me disais alors,
avant de comprendre que Paris ne se ressemblait pas, et que ce n'était
qu'ainsi qu'on pouvait l'aimer, avant encore de m'apercevoir que désormais
Paris ne ressemblait plus à rien. Une ville musée, une ville de
bureaux, une ville de boutiques de luxe et de décoration, de restaurants
inabordables, de fooding, de shopping, de clubbing, de couples argentés,
investis et épargnants, propriétaires et pourvus d'une vie
professionnelle."
Note : 3/5
(Papillon)
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Cet auteur fait parti de mes merveilleuses découvertes de l'année!
C'est un très beau roman à fleur de peau. C'est un livre à
lire tout doucement, se délecter de chaque mot, de chaque sentiment
exprimé! Il est vrai que la froideur, le grisatre, le morne, la tristesse,
la langueur, la poisse sont prédominants dans ce roman, mais la force
d'Olivier Adam est de le retranscrire avec autant de chaleur, son deuil passe
à travers ses mots qui le transforme en une ouverture sur la vie!
C'est un livre magnifique!
Note : 4.5/5
(Elfe)
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Sur le balcon d'une chambre d'hôtel d'Etretat, Olivier, un homme de trente
ans, veille, alors que sa femme, Claire, et sa fille, Chloé sommeillent dans
la chambre à côté. Il y a vingt ans, sa mère
au même endroit, s'est tuée en se jetant du haut de la falaise. Cet
homme est plongé dans ses souvenirs...
Quel style! Une écriture épurée, toute en pudeur et en
sensibilité, avec juste ce qu'il faut de mots simples, alignés et
assemblés pour provoquer une intense émotion, en nous racontant une
enfance saccagée où se mêlent pertes d'êtres chers,
agressivité d'un père, plongées dans l'alcool et la drogue,
avec souvent quelques visites de fantômes... Un récit plein de douleur
mais qui finit sur un formidable espoir, celui de la vie, de l'envie de vivre
retrouvées grâce à la tendresse, à l'amour, grâce
à une femme, à un enfant, son enfant!
Vraiment superbe!
Note : 5/5
(Chantal)
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